Judaïcausette© avec Marc Weisser

 

Né à Bruxelles en 1950, Marc Weisser est le fils d’Yvonne, originaire de Charleroi et qui avait caché des Juifs pendant la guerre et de Jacob, né en Pologne et rescapé de la Shoah. D’abord en pensionnat à Charleroi, Marc poursuit sa scolarité à l’athénée Fernand Blum à Bruxelles. Il fréquente, à partir de 13 ans, la colonie de la solidarité juive (colon et moniteur) et enchaînera avec la Colonie Amitié en 1967/68 où il sera moniteur puis directeur. Et comme dans les contes, une jeune Israélienne d’origine marocaine, venue par le biais de la Sohnoute (Agence Juive) à la colo, deviendra sa femme. Marc travaille dans la confection et découvre la Maison de la Culture Juive de Belgique dont il deviendra, un peu par hasard, président de 1995 à 2015. Il témoigne aujourd’hui de la Shoah dans les écoles, dans le cadre de l’association Neshama, émanation du Service Social Juif. Marc et Dody ont deux filles : Stéphanie, professeur en ethnomusicologie à l’Université Libre de Bruxelles et Sharon, professeur de philosophie à l’université de Tel Aviv. Ils sont même de très heureux grands-parents.

 

DEFINITION : Quelle serait votre définition de la culture juive ?

Pour moi, on ne peut parler de culture juive qu’en ayant toujours à l’esprit qu’elle s’est construite (et c’est loin d’être fini) à partir d’une infinité de composantes venues de tous horizons qui forment sa spécificité et son universalisme : je pense à toutes les communautés de par le monde, aux empreintes des cultures locales, aux textes juifs fondamentaux, aux diverses musiques juives, aux découvertes archéologiques qui viennent bouleverser les repères historiques, etc.

 

RESSENTI : Comment définiriez-vous votre culture juive ? Comment la vivez-vous ?

Sur le site internet de la Maison de la Culture Juive, j’ai mis la phrase magnifique du kabbaliste italien du XIXème siècle, Elie Benamozegh : « Le judaïsme, c’est le particularisme comme moyen et l’universalisme comme fin ». Voilà ma conception de la culture juive : une culture ouverte sur le monde, juif et/ou non-juif.
Ce sont dans ces valeurs que j’ai inscrit ma présidence de la Maison de la Culture Juive (MJC) Aujourd’hui, je prolonge en quelque sorte cette mission, au sein du projet Neshama, en allant témoigner dans les écoles du parcours de mon père, rescapé d’Auschwitz et de Buchenwald. (Mais la Shoah appartient-elle à la culture juive ?)

 

MUSIQUE : Quels sont vos musiciens (compositeurs, chanteurs, morceaux musicaux) « de prédilection » ?

J’ai connu, au début des années 60, les débuts du Rock et j’ai suivi les groupes anglais et américains. Je me suis ouvert aussi au blues et au jazz grâce à un petit poste de radio-transistor que mon père m’avait donné. Je me rappelle avoir écouté les retransmissions du festival de jazz de Comblain- la-Tour sur les ondes de la RTB.

Une de mes plus grandes fiertés en tant que président de la MCJ, est d’avoir mis sur pied La Fête des Musiques Juives, dont les programmations tenaient compte de l’immense diversité des musiques juives, de ce qu’elles apportaient et aussi empruntaient à leur environnement.

Aujourd’hui, j’écoute souvent du jazz, Leonard COHEN, le groupe israélien YAMMA, le contrebassiste, auteur et compositeur, Avishaï COHEN.

Plus près de moi, mon frère Luc WEISSER a composé plusieurs musiques et chansons pour le groupe Vaya Con Dios.

 

LITTERATURE : Quels auteurs, ouvrages, vous ont-ils touché ?

Je commencerai par Le Messager de l’espérance du regretté Henri BULAWKO. Je l’ai lu dans ma jeunesse, ce fut mon premier contact littéraire avec le sort des Juifs durant la seconde guerre mondiale. Plus tard, j’ai pu apprécier le grand homme qu’il était grâce à Charles Knoblauch, qui l’invitait régulièrement à échanger avec les enfants de la Colonie Amitié.

Voici aussi quelques livres traitant du judaïsme qui m’ont touché : Les Eaux mêlées de Roger IKOR, Mila 18 de Leon URIS, L’Ami retrouvé de Fred UHLMAN, Si c’est un Homme de Primo LEVI, Au commencement, de Chaïm POTOK,

Des BD aussi : Maus de Art SPIEGELMAN, Le chat du Rabbin de Joan SFAR

 

ARTS PLASTIQUES : Un.e peintre, sculpteur.trice, artiste, œuvre…

Là, mes goûts sont assez conventionnels, il y a Marc CHAGALL mais aussi Vassili KANDINSKY et Amedeo MODIGLIANI. J’ai beaucoup appris avec celui qui fut longtemps vice-président de la MCJ, le peintre Robert BERGMAN. Il peignait des toiles d’inspiration biblique. Il y a aussi de nombreux architectes juifs de grand talent, Oscar NIEMEYER, Dani KARAVAN, Ron ARAD, Daniel LIBESKIND, etc.

Je mentionnerais également l’incroyable variété de l’architecture des synagogues quand elles sont pensées comme des œuvres d’art : à Florence, à Amsterdam, à Bruxelles – la synagogue sépharade de la rue du Pavillon, à Ostende ou encore à Arlon où se trouve la plus ancienne synagogue de Belgique. Et puis il y a ces nombreuses petites synagogues au cœur des villages lorrains et alsaciens, régions que j’ai beaucoup sillonnées.

 

7EME ART : Quels films, réalisateurs.trices, vous reviennent ils en mémoire ?

Il y en a tellement ! Je commencerai par les films que j’ai vu très jeune au pensionnat. Les films soviétiques : Le Cuirassier Potemkine, Ivan le terrible, Alexandre Nevski de Sergueï EISENSTEIN,

Jeux Interdits de René CLEMENT, Les Dix Commandements de Cecil B. DEMILLE qui a marqué ma jeunesse, Ben-Hur de William WYLER,

Nuit et Brouillard d’Alain RESNAIS, Le Lauréat de Mike NICHOLS, La Liste de Schindler de Steven SPIELBERG, Odessa…Odessa de Michale BOGANIM,

Les films des MARX BROTHER, de Mel BROOKS, des frères Joel et Ethan COEN, etc.

 

PENSEE JUIVE : Etes-vous proche de la/d’une pensée juive /d’un.e philosophe ?

A la MCJ, nous avons eu la chance d’accueillir Edouard ROBBERECHTS, professeur de philosophie juive à l’université d’Aix-Marseille depuis 2003. Brillant conférencier, il nous a ouvert à la pensée et à la philosophie juives. Parmi ces philosophes, figurait Emmanuel Levinas que mon épouse a eu la chance d’avoir comme directeur à l’Ecole Normale Israélite Orientale (ENIO).

D’autres penseurs ont eu aussi pour moi une influence marquante : le tant regretté Chalom BENIZRI ainsi que nos conférenciers à la MCJ : Rivon KRYGIER, Armand ABECASSIS ou Raphaël DRAÏ.

 

SOUVENIR : Pourriez vous nous confier un moment de partage et de joie de culture juive ?

La liste est longue mais je retiendrai déjà :

Une soirée avec Shlomo CARLEBACH, rabbin, auteur, compositeur, interprète, enseignant. Une journée avec le chanteur français Herbert PAGANI, Un repas avec la chanteuse israélienne Chava ALBERSTEIN, Une conférence avec Bernard-Henri LEVY dans le cadre de l’Institut d’études lévinassiennes. Les nombreuses éditions de la Fête des Musiques Juives.

Les Koumzitsim (conférences suivies d’une collations), Les contes juifs à la veillée, dans la maison de Robert Bergman qui accueillait quiconque voulait raconter un conte juif. Ces rencontres intergénérationnelles étaient remplies de sourires et de chaleur humaine.

Le colloque Primo Levi de la MCJ sous la supervision de Dody Sisso-Weisser. Il avait été organisé en 1997, à l’occasion des 10 ans de la disparition de l’écrivain avec le concours de deux écoles secondaires bruxelloises, de l’UEJB et du CCLJ. Nous avions accueilli des centaines d’élèves venus de toute la Belgique francophone. Ils avaient participé à des ateliers autour de la Shoah et d’autres génocides.

Il y a eu aussi le magnifique concert à Bozar par les enfants du « Hasadna Jerusalem Music Conservatory », autour de 2018.

Il y a encore tant d’autres moments inoubliables …

A.K.

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