Conférence : Jacques Günzig, résistant (1904-1942)

Le jeudi 22 février à la Maison d’Érasme, Diane Menten retracera le parcours de Jacques « Dolly » Günzig. Le Musée des Résistances et la Maison d’Érasme présenteront à cette occasion des archives documentant la vie de ce résistant juif.

Diane Menten et Edgar Gunzig ont écrit ensemble Dolly, histoire de mon père. Fruit d’un long travail de recherche, ce récit historique débute le vendredi 13 Juin 2015, lorsque Edgar reçoit un appel téléphonique de Benito Bermejo. Enquêtant sur la résistance espagnole dans les camps de concentration nazis, cet historien a retrouvé une photographie prise au camp de concentration de Mauthausen juste après l’exécution du père d’Edgar, le 28 juillet 1942 : « Sur la photo, Jacques Günzig est couché sur le dos dans l’herbe, pieds nus, un pantalon foncé et la veste rayée légèrement relevée, le numéro de matricule 11552 en dessous de l’étoile de David, à la place du cœur. Gisant à côté de lui, son compagnon Arpad Spitz, vingt-trois ans, et derrière eux, les barbelés… ». Edgar évoque ses bribes de souvenirs du père disparu : « surtout notre visite au musée colonial de Tervuren suivi d’un événement exceptionnel, mon premier déjeuner familial dans un restaurant , le petit restaurant du musée. Puis le tram et retour à la maison avec ma maman. Mon père partit à un rendez-vous et ne revint pas à la maison, ni ce jour-là, ni jamais ». Après l’arrestation de son père, Edgar est caché par sa maman résistante jusqu’à la Libération.

Cracovie 1899: Amalia, Régina et Israël Günzig

La photo de Jacques Günzig retrouvée et publiée par Bermejo a survécu miraculeusement : un prisonnier catalan, Francesc Boix, affecté au laboratoire photo du service d’identification du camp de Mauthausen, sauve de la destruction de nombreux négatifs témoignant des atrocités nazies. Bermejo s’intéresse aux républicains espagnols, exilés en France après la Retirada, puis déportés dans les camps nazis. Il découvre la photo de Jacques parmi les clichés sauvés par Boix et conservés dans les archives de Mauthausen. Une amie, Ángeles, vivant en Belgique, est chargée de la traduction française de son livre sur Boix : Le photographe de Mauthausen. Relations d’incertitude, roman autobiographique d’Edgar Gunzig, co-écrit avec Élisa Brune, lui révèle l’histoire de Jacques dont le livre de Bermejo reproduit la photo. Ángeles incite alors l’historien à contacter Edgar, déclenchant la quête historique que celui-ci mène avec Diane et que relate leur livre à quatre mains !

Dolly évoque d’abord les recherches menées par Edgar et Diane pour reconstruire la vie de Jacques Günzig. Ils vont à Lostice, village tchèque de Moravie, où est né Jacques le 2 septembre 1904, et dont son père, Israël Günzig, fut le dernier rabbin… Ils visitent Mauthausen… se plongent dans les archives : « le C.V . de Jacques, rédigé à son arrivée en Espagne, nous éclaire sur la succession de ses engagements, ses motivations et sur son évolution politique. »… Ils sont émus par les témoignages de Sarah Goldberg et Rik Szyffer qui ont connu Jacques et suivi ses cours d’économie politique et de sociologie lors d’une formation organisée par le Parti communiste à Anvers en 1935. Dolly retrace ensuite les grandes étapes du parcours de Jacques, depuis le mariage de ses parents, Israël et Amalia, à Cracovie en 1896. En 1899, Israël est nommé rabbin de la Congrégation juive à Lostice. Jacques fait sa bar-mitsva en 1917. Lecteur passionné d’histoire juive et de philosophie, il termine ses études secondaires en juin 1920, juste avant le départ pour Anvers, où le rabbin Israël Günzig devient le premier directeur de l’école Tachkemoni. Cadeau d’anniversaire pour ses 16 ans, Jacques reçoit de ses parents un vélo, alors qu’Anvers accueille les Jeux olympiques. Il apprend à tailler le diamant, devient comptable d’une firme d’import-export, puis collabore avec son père qui ouvre une librairie. À l’incitation de son cousin Isidoor Springer, il rejoint avec enthousiasme l’organisation scoute juive Bar Kochba. Il devient ensuite un propagandiste de la section anversoise de l’Hashomer Hatzair, crée en 1924, consacrant tout son temps libre à la formation des jeunes. On lui attribue le totem de « Dolly », surnom qu’adoptent d’emblée sa famille et ses amis proches. Aux Pays-Bas, il s’initie aux travaux agricoles pour partir en Palestine. Son certificat d’immigration se fait attendre et l’Hashomer l’envoie en Tunisie avec son ami Chaim Nussbaum pour y fonder une nouvelle section du mouvement. L’hostilité de la direction du scoutisme juif tunisien et de la communauté juive, mène finalement à leur expulsion par les autorités françaises. Ils gagnent alors illégalement la Palestine, via Beyrouth.

Anvers 1926, Hashomer Hatzair

En juillet 1930, Dolly rejoint le kibboutz Gan Shmuel, fondé par l’Hashomer près de Hadera. Il apprend le décès de son père en août 31. À Tel-Aviv, il rencontre par hasard, Rachel Eckstein, déjà croisée à l’Hashomer d’Anvers. Tous deux éprouvent une même désillusion face aux idéaux sionistes socialistes de l’Hashomer. Rachel rentre en Belgique et commence des études de pharmacie à l’Université du Travail de Charleroi. Revenu à Anvers en février 1933, Jacques travaille dans la librairie familiale, puis pour une maison d’édition, ce qui l’amène à voyager dans toute la Belgique.

Il revoit Rachel : « une histoire d’amour naît entre ces deux camarades qui partagent les mêmes idéaux ». Dolly retrouve ses amis de l’Hashomer restés en Belgique : les frères Akkerman, son cousin Isidoor Springer, Dov Liebermann … Tous ont rejoint le Parti communiste. Il fait de même. Jacques et Rachel s’installent dans un petit appartement à Anvers. Dolly encadre la formation politique des jeunes communistes. Arrêté, il est expulsé vers la France. Revenu en Belgique, il poursuit ses activités militantes, surtout dans le groupe communiste de la M.O.I. (main d’oeuvre immigrée). Sa maman décède en avril 1935. Il devient secrétaire du Prokor, association culturelle servant de couverture aux activités politiques des Juifs communistes. Dov Liebermann, fondateur du Jask, l’associe aux activités de ce club sportif juif. En mars 36, Dolly déménage avec Rachel à Bruxelles et crée sa propre firme d’édition.

Tunisie 1928

Juillet 1936, des milliers d’athlètes sont au rendez-vous des Olympiades populaires de Barcelone. Rachel et Dov Liebermann accompagnent la délégation belge regroupant le Jask et la Fédération sportive socialiste. Le 23 juillet, suite au déclenchement du putsch militaire, ces jeux sont annulés. Dès son retour, la délégation juive organise un meeting à Bruxelles. Rachel et Dov y prennent la parole décrivant ce qu’ils ont vu à Barcelone. La Guerre d’Espagne commence… Dolly participe à l’acheminement clandestin des volontaires pour les Brigades internationales (BI). Interpellé par la gendarmerie d’Erquelinnes avec des jeunes en partance pour l’Espagne, le 29 octobre 36, il est inquiété par la Sûreté d’État. Jacques et Rachel quittent Bruxelles le 2 janvier 37 et passent clandestinement en Espagne. Le 8 janvier, ils débarquent à Albacete, siège des Brigades internationales. Rachel entre à la pharmacie centrale des BI.

Rachel et Jacques à Albacete.

On confie à Jacques le service de censure. Recruté ensuite pour l’école d’officiers des Brigades, puis incorporé à la BI 129, il rejoint le front en février 38. Durant l’offensive nationaliste en Aragon, son unité est emportée par la défaite républicaine. Les nationalistes atteignent la mer, coupant la République en deux. Rachel est transférée avec le personnel médical et pharmaceutique des Brigades à l’hôpital de Mataró, au nord de Barcelone. Dolly, sur le front de Valence, et Rachel, enceinte, à Mataró, se marient « par correspondance », le 30 mai 1938. L’acte de naissance de « Edgar Aragón Günzig » est dressé le 23 juin 38, deux jours après la naissance. Le premier prénom est choisi en hommage au communiste juif Edgar André, décapité à la hache sur ordre d’Hitler.

Promu lieutenant, Jacques participe à la dernière bataille de la BI 129 dans la Sierra de Javalambre en septembre 38. Le 24 janvier 39, il s’embarque pour la Catalogne. Le 26 janvier, Barcelone tombe. Débarqué à Palamós, plus au nord, cheminant en pleine déroute, il arrive au col du Perthus quelques heures avant les franquistes, le 9 février 39. On l’interne au camp de St-Cyprien. Rachel et Edgar ont quitté Mataró avec la Retirada. Ils sont envoyés au camp de Naves en Corrèze…

Pour apprendre comment Dolly, Rachel et Edgar parviennent à rentrer en Belgique, découvrir ensuite leur sort durant l’invasion allemande de mai 40, puis le parcours résistant de Jacques Günzig en Belgique occupée et les circonstances de sa disparition, nous vous invitons à assister à la conférence de Diane Meten, ainsi qu’à lire Dolly, histoire de mon père. Un livre captivant, dont l’émouvante postface par l’écrivain Thomas Gunzig, petit-fils de Dolly et Rachel, affirme bien les enjeux mémoriels.

Roland Baumann

Bruxelles 1941 : Dolly et Edgar Günzig

Conférence de Diane Menten : Jacques Günzig, résistant (1904-1942)

Jeudi 22.02.2024 à 18h

Maison d’Érasme (salle Renaissance)
Rue de Formanoir, 31, 1070 Anderlecht

https://old.maisondelaculturejuive.be/evenements/jacques-gunzig-resistant-1904-1942/

Réservation : https://erasmushouse.museum/2023/12/22-02-2024-conference-jacques-gunzig-resistant-1904-1942/

Lire : Diane Menten & Edgar Gunzig. Dolly, histoire de mon père. Éditions Lamiroy. 2023

Pour en savoir plus :

Bermejo, Benito. Le photographe de Mauthausen. L’histoire de Francisco Boix et des photos dérobées aux SS. Préface d’Anne Hidalgo et Daniel Simon ; traduction d’Ángeles Muñoz. Liège, Territoires de la Mémoire, 2017.

Brune, Éliane & Edgar Gunzig, Relations d’incertitude. Paris, Éditions Ramsay, 2004.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Francesc_Boix

https://fr.wikipedia.org/wiki/Retirada

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sarah_Goldberg_(résistante)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeux_olympiques_de_1920

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hashomer_Hatzaïr

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gan-Shmuel

https://fr.wikipedia.org/wiki/Olympiades_populaires

https://fr.wikipedia.org/wiki/Brigades_internationales

https://en.wikipedia.org/wiki/CXXIX_International_Brigade

https://de.wikipedia.org/wiki/Etkar_André

https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Gunzig

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