Réflexion sur la parasha Aharei – Kedochim

A l’époque du temple, le jour du grand pardon, deux chèvres quasi identiques étaient présentées au grand prêtre, la première était offerte en sacrifice. La seconde, après avoir reçu du grand prêtre la confession de tous les péchés du peuple, était envoyée à Azazel.

Azazel, de quoi s’agit-il ?

La première explication est celle de Rashi ; Azazel correspond aux montagnes autour de la ville, où la chèvre ira mourir. La seconde est celle de Ibn Ezra et Ramban (Nahmanides) : il s’agit d’un démon. Mais Ibn Ezra n’ose pas déclarer une interprétation aussi ésotérique, il dit : « Vous découvrirez la réponse en atteignant le 33ème », c’est-à-dire le verset 33 qui évoque le démon. On constate ici que parmi les plus grands sages, certains admettaient l’existence d’une force du mal, concurrente de Dieu. La troisième est linguistique, « la chèvre qui fut renvoyée ».

Cette explication a donné lieu à la création du terme « escapegoat » par William Tyndale dans sa traduction en anglais de la bible hébraïque en 1530. Avec le temps, le mot est devenu scapegoat (bouc émissaire). Pour le commentateur Baruch A. Levine, le bouc abandonné au désert offrait aux Juifs un moyen spectaculaire pour rejeter les influences et les tentations du mal symbolisé par Azazel.

Le Talmud insiste sur la nécessité de sélectionner deux boucs de même taille et de même poids, parce qu’ils symbolisent ce que nous acceptons d’abandonner pour satisfaire notre soif de plaisir et ce que nous sommes prêts à consacrer au bien-être et à la sécurité des autres. Yom kippour est la seule occasion pour laquelle l’animal qui porte les péchés du peuple n’est pas sacrifié.

Maïmonide donne l’explication suivante : l’expiation des péchés demande un rituel spécifique. Yom kippour est un jour chômé et de jeune. Il concilie les deux rituels qui correspondent normalement à deux situations différentes : celui de la purification (répondant aux situations de contamination) et de repentance (répondant à la culpabilité).

Le judaïsme est une culture fondée sur le principe de culpabilité (opposé au principe de honte). Mais Yom kippour est l’occasion de se repentir de tous les aspects du péché, qu’ils soient individuels ou collectifs. Il s’agit de l’impact personnel, mais également social du péché. Le pardon répond à la culpabilité, mais il n’efface par la honte.

Pour ce faire, on établit un rituel. Il est difficile d’admettre ses erreurs, on préfère généralement se justifier, blâmer autrui ou les circonstances. Le rituel est le moment unique où chacun admet simultanément les erreurs commises, ce qui rend le processus plus facile.

Le judaïsme établit trois principes concernant le péché :

  • La liberté implique le risque de pécher, c’est la raison pour laquelle le pardon est possible
  • On distingue le pécheur du péché
  • L’esprit de Yom kippour doit aider les êtres humains à reconnaître leurs erreurs

 

*Selon les enseignements du Rav Sacks

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