Le Raalbol de Foestraets – La Parasha Vayakhel

Parasha Vayakhel

Moïse incite à respecter le shabbat et avertit : « quiconque travaillera en ce jour sera mis à mort » (Exode 35: 1-2). Même si le Talmud procèdera à une quasi-abrogation de la peine de mort.
La Torah reprend douze fois le commandement de ne pas travailler pendant le shabbat. La paracha Vayakhel énumère plusieurs interdictions précises (faire du feu, labourer, cuire, …) mais aucune définition précise du « travail ». Les premiers rabbins identifièrent donc 39 catégories d’activités proscrites, en se basant sur les travaux nécessaires à la construction du Michkan.
Nous nous abstenons de travailler pendant le shabbat pour bénéficier de la sagesse de l’étude, alimenter notre réflexion, nous nourrir de perspectives qui résistent à l’épreuve du temps et d’expériences destinées à enrichir notre compréhension de nous-mêmes, des autres et du monde dans lequel nous vivons.
Pour le psychologue Erich Fromm, le pouvoir du shabbat exprime aussi « l’axe fondamental du judaïsme : l’idée de liberté, d’une harmonie complète entre humanité et nature… En ne travaillant pas – c’est-à-dire en ne participant pas aux processus de changement naturel et social – l’homme se libère des chaînes du temps, même si ce n’est qu’un seul jour par semaine ».

La construction du Tabernacle

C’est Betzalel, petit-fils de Hur, qui est l’architecte et artiste décorateur du Tabernacle.
La paracha en décrit la construction dans le détail.
Durant des siècles, il a été considéré que la représentation pouvait mener à l’idolâtrie mais Rav Kook considérait l’art comme un baume pour l’âme.
Betzalel est le nom de l’école des beaux-arts fondée à Jérusalem en 1906, et qui a reçu le soutien du Rav Kook alors que la question de la représentation est sensible :
« On nous dit que lorsque Dieu créa la lumière [le premier jour de la création, par opposition à la lumière naturelle du soleil le quatrième jour], elle était si forte et transparente qu’on pouvait voir d’un bout à l’autre du monde, mais Dieu craignait que les méchants n’en abusent. Qu’est-ce qu’il a fait ? Il a réservé cette lumière pour les justes dans le monde à venir. Mais de temps en temps, il y a de grands hommes qui ont la chance et le privilège de le voir.  Le Rav Sacks pense que Rembrandt était l’un d’entre eux, et la lumière dans ses images est la lumière même que Dieu a créé le jour de la Genèse ».

Contributions

Le Tabernacle est donc une réalisation de la communauté (kehila, vayakhel = se réunir), la réunion de personnes différentes les unes des autres, animées par la volonté de réussir, de construire ensemble.
Cette communauté peut également être animée par des objectifs néfastes (le veau d’or), sans but commun et leadership, il s’agit d’une foule qui se limitera à contester.
Pour établir une communauté, il faut construire un projet commun auquel chacun contribue, soit selon ses facultés (les femmes apportent les miroirs qui serviront à la fabrication d’une bassine), soit de façon égalitaire (chacun est appelé à contribuer au cens avec un demi shekel d’argent), comme pour l’érection du Tabernacle, valorisant ainsi chaque participant.
L’importance de la communauté apparaît dans les travaux de Darwin et de Tocqueville à partir de 1830 :
      · Darwin : comment expliquer, dans la théorie de la sélection naturelle, que le monde ne soit pas plus cruel ? Darwin explique que sa théorie s’applique au niveau de l’individu, pas à l’échelle civilisationnelle. Face au monde animal, les êtres humains disposent du langage et de la culture, qui leur permettent de s’unir et faire preuve d’altruisme.
      · Tocqueville considère que la capacité de l’homme à s’associer permet d’éviter l’individualisme. L’individu seul ne peut résister à l’oppression. L’art de l’association est l’apprentissage de la liberté.
Dans le judaïsme, la communauté est essentielle à la vie spirituelle. Nos plus saintes prières requièrent un minyan. Pendant une fête ou un deuil, nous sommes en communauté.
Lorsque nous formons une communauté, que nous travaillons ensemble, nous développons la vertu, une force de caractère, ainsi qu’un engagement en faveur du bien commun.
Shabbat shalom

*Inspiré des enseignements du Rabbi Lord Jonathan Sacks

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