Synagogue de la Roonstraße – Cologne
Israeltag 2022 : le 18 août dernier, au centre de Cologne, sur la vaste place du Heumarkt,
proche du Rhin, la communauté juive réaffirmait son attachement à l’État d’Israël et son
enracinement dans l’histoire de l’ancienne colonie romaine. L’occasion de découvrir
certains lieux de mémoire juive à Cologne.

La synagogue de Cologne
En 1933, la communauté juive de Cologne rassemble 20 000 personnes. Toutes les
synagogues de la ville sont détruites ou dévastées dans la Nuit de Cristal. En mars 1945,
dans la ville libérée, une quarantaine de survivants émergent de la clandestinité. La
communauté juive de Cologne compte aujourd’hui quelque 5 000 membres et se définit
comme la « plus ancienne communauté juive au nord des Alpes ».
Fin du dix-neuvième siècle, la synagogue de la vieille ville (Glockengasse) ne suffit plus à
une communauté en pleine expansion et un nouveau lieu de culte est édifié par le cabinet
d’architectes Schreiterer & Below en 1895-1899 sur la Roonstraße, dans le nouveau
quartier de Neustadt-Süd. De style néo-roman, cette vaste synagogue au parement de tuf
prend une forme de U. Surmontée d’une imposante coupole, sa grande salle est précédée
d’un majestueux porche d’entrée à trois arches et rosace centrale, flanqué de bâtiments
annexes. La synagogue de la Roonstraße n’est pas incendiée durant la Nuit de Cristal, de
peur que le feu ne gagne les immeubles voisins mais est fort endommagée par des
attaques aériennes durant la Seconde Guerre mondiale. Ancien maire de Cologne, le
chancelier Konrad Adenauer s’engage à ce qu’elle soit reconstruite. L’architecture
extérieure est respectée, mais l’intérieur est entièrement « modernisé » . Elle rouvre le 20
septembre 1959. En octobre 2020, la commission budgétaire du Bundestag a approuvé un
budget de 42 millions d’euros pour la restauration de la synagogue (toit, coupole,
mosaïque intérieure, fenêtres) dans sa « splendeur originelle ».

Centre de la vie communautaire juive à Cologne, la synagogue de la Roonstraße sert de
lieu de réunion et de culte, avec salle de fêtes et restaurant casher, bibliothèque et un
musée retraçant l’histoire juive à Cologne et les synagogues disparues. La grande salle de
prière peut accueillir 800 hommes et 600 femmes. Le rite juif libéral, avec orgue et chœur,
a fait place aujourd’hui à l’orthodoxie. Le petit musée contient de belles maquettes
évoquant les synagogues disparues de Cologne, telle la synagogue de la Glockengasse
(1861), emblématique de l’essor du judaïsme moderne, financée par la banquier Abraham
Freiherr von Oppenheim et conçue par Ernst Friedrich Zwirner, architecte associé à
l’achèvement de la cathédrale de Cologne après 1842. Cette synagogue orientaliste, au
plan centré en forme de croix grecque, était surmontée d’un dôme et de structures
décoratives en forme de minaret. Son architecture intérieure s’inspirait de l’Alhambra de
Grenade.

D’autres institutions sociales juives, telles la maison de retraite (Elternheim der
Synagogen-Gemeinde Köln) et l’école primaire juive ont été transférés dans les locaux de
l’ancien « asile israélite pour malades et personnes âgées » de la Ottostraße, dans le
quartier de Neuehrenfeld. David Klapheck est directeur de ce centre (Jüdische
Wohlfahrtszentrum) et porte-parole de la communauté juive de Cologne. Son père l’artiste
Konrad Klapheck, artiste surréaliste exposé jadis au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles,
s’était lié d’amitié avec René Magritte. Comme David le précise, après 1945, l’ancien asile
juif devient un hôpital des forces belges en Allemagne, pour être enfin restitué à la communauté juive en 1995.
MiQua : Museum im Archäologischen Quartier
Le projet MiQua – LVR-Jüdisches Museum im Archäologischen Quartier Köln (« Musée juif
dans le quartier archéologique de Cologne ») place l’histoire juive au coeur du paysage
monumental de la ville. La Landschaftsverband Rheinland – LVR (« Union régionale de
Rhénanie ») regroupe des villes et arrondissements de Rhénanie et de la région d’Aix-la-
Chapelle. Le Museum im Quartier, en abrégé MiQua, est en construction depuis 2018, non
loin de la cathédrale de Cologne, entre l’hôtel de ville et le musée Wallraf-Richartz. Il
ouvrira ses portes en 2027, représentant l’histoire de la ville depuis sa fondation romaine
ainsi que l’histoire juive de Cologne depuis 321. En 321 un décret de l’empereur
Constantin autorise la nomination de Juifs à la curie (conseil municipal) de Cologne.
Conservé à la bibliothèque du Vatican dans une copie du 6 e siècle, ce décret est la plus
ancienne source prouvant l’existence d’une communauté juive à Cologne, ville romaine de
Colonia Claudia Ara Agrippinensium, fondée trois siècles auparavant.
Directeur du MiQua, Thomas Otten a présenté ce grand projet muséal au colloque
« Archéologie du judaïsme en Europe » organisé au musée d’art et d’histoire du judaïsme
à Paris (mahj) en mars 2022. Le « quartier archéologique » de Cologne désigne la zone
de 6 000 m2 de fouilles sous la place de l’hôtel de ville, commencées en 1953, puis
poursuivies intensivement dans les années 1990 et après 2007. Construit au-dessus des
monuments archéologiques (prétoire romain, quartier juif médiéval avec sa synagogue et
son mikvé et quartier chrétien des orfèvres) le bâtiment du futur musée accueillera des
expositions permanentes et temporaires. Les vestiges de la synagogue et du mikvé
resteront visibles depuis ces niveaux d’exposition.
L’exposition principale, souterraine, mènera le visiteur à travers le site des fouilles
archéologiques, lui montrant tout d’abord les ruines du Praetorium, palais du gouverneur
impérial et centre administratif de la province romaine de Germanie inférieure. Il
découvrira ensuite les vestiges du quartier juif, construit sur une partie des ruines du
prétoire romain : la synagogue et le mikvé (11e-12e siècles), un hôpital, une salle de
danse et des maisons d’habitation de familles juives. Le parcours à travers ces vestiges
archéologiques s’accompagne de l’exposition d’ objets retrouvés lors des fouilles et de
reconstitutions numériques des architectures exhumées. Des bornes multimédia
interactives permettent au visiteur d’explorer l’histoire de ces vestiges du passé antique et
médiéval. Parmi les objets découverts par les archéologues dans l’ancien quartier juif,
citons une remarquable collection de tablettes d’ardoise inscrites de noms hébreux, de
citations bibliques et d’exercices d’écriture. Une boucle d’oreille en or de qualité artisanale
exceptionnelle, découverte en 2011 dans la fosse d’aisance d’une maison du quartier juif,
témoigne du savoir-faire des orfèvres rhénans aux 10e-11e siècles. Cologne était alors un
des plus importants centres d’orfèvrerie en Europe. Le quartier des orfèvres voisinait celui
des Juifs. Parmi les sources écrites médiévales conservées aux archives de Cologne,
figure le Judenschreinsbuch, sorte de cadastre répertoriant chaque propriété du quartier
juif, ainsi que les accords conclus entre voisins juifs et chrétiens. Les grandes foires
attirent à Cologne le commerce à longue distance de toute l’Europe et la communauté
juive se développe. L’archevêque de Cologne délivre à intervalles réguliers des lettres de
protection aux Juifs, garantissant leurs droits. Suscité par l’épidémie de Peste noire, le
pogrom de 1349 met fin à ces temps de prospérité. L’archéologie témoigne des violences
subies par le quartier juif et ses habitants, tout comme les archives documentent les
conflits juridiques qui agitent la ville autour des biens volés aux Juifs assassinés. Après
1372, des Juifs reviennent vivre à Cologne mais ils sont de plus en plus lourdement taxés
et en proie à l’hostilité du pouvoir municipal. L’histoire de la communauté juive de Cologne
retracée à partir de ses traces archéologiques in situ s’arrête avec l’expulsion de 1424.
Les salles de l’exposition permanente du musée présenteront l’histoire juive à Cologne de
1424 à nos jours. Les ruines de la synagogue et du mikvé restent visibles depuis l’espace
d’exposition au niveau supérieur du musée, ce qui affirme les liens entre le site
archéologique et l’exposition permanente. Celle-ci évoque les premières expositions et
collections de judaïca à Cologne au siècle dernier, du Werkbund (1914) à Monumenta
Judaica (1963-64). Elle approche ensuite l’histoire juive moderne et ses rapports à
l’histoire de Cologne à travers des biographies de personnes emblématiques, tels Zwirner,
architecte de la cathédrale et de la synagogue de la Glockengasse, et la famille Stern, qui,
suite à l’annexion de Cologne par la république française, compte parmi les premiers
habitants juifs de la ville depuis 1424. L’exposition offre enfin une visite interactive et
numérique de Cologne à la découverte des lieux de mémoire de la vie juive. Dans cette
partie du musée sera exposé le Mahzor d’Amsterdam, manuscrit enluminé du 13e siècle. Il
contient des prières mais surtout des piyyoutim, poèmes liturgiques chantés ou récités lors
des fêtes juives, dont l’analyse stylistique suggère que cet ouvrage a été créé pour la
communauté juive de Cologne au 13e siècle, une époque de floraison culturelle et de
coexistence pacifique qui voit le début des travaux de la nouvelle cathédrale de Cologne
(1248) et la réalisation d’une superbe Bima de style gothique dans la synagogue, peut-être
par des artisans du chantier de la cathédrale. Ce précieux Mahzor a été acquis
conjointement par le Musée historique juif d’Amsterdam et le MiQua – LVR.
Le Centre de documentation sur le nazisme
Le Centre de documentation sur le nazisme de la ville de Cologne (NS-DOK), créé en
1987 sur décision du conseil municipal, occupe l’ancien siège de la Gestapo, la EL-DE-
Haus. « EL-DE » est la transcription phonétique des initiales L-D du commerçant Leopold
Dahmen qui fait construire cet immeuble de commerce et d’habitation en 1934-1935. Le
gros œuvre n’est pas encore achevé quand la Gestapo décide d’occuper les lieux. Vers la
fin de la guerre, des centaines de détenus, surtout étrangers, sont exécutées dans la cour
du bâtiment. Après-guerre, des services municipaux occupent le bâtiment, épargné par les
bombes alliées alors que les édifices alentour sont détruits. Un mémorial est inauguré en 1981.
Depuis 1997, sur deux étages, l’exposition permanente retrace l’histoire de
Cologne sous le nazisme, des débuts du parti d’Hitler à 1945. Résistance et persécutions
raciales, vie politique et sociale, sont bien documentés, tout comme le quotidien des
habitants. En 2010, l’exposition permanente remodelée se dote de nombreuses bornes
multimédias. Traces émouvantes des victimes de la police nazie, sur les parois des
cellules en sous-sol, quelque 1800 inscriptions et dessins faits par les détenus sont
conservés. Lieu de mémoire, d’enseignement et de recherches, ce mémorial est l’une des
prisons nazies les mieux conservées. Rattaché d’abord aux archives historiques de la
ville, le Centre NS-DOK devient une institution autonome en 1997 et fait partie des
musées municipaux depuis 2008.

Depuis sa création, le NS-DOK donne une place importante à la recherche et à la
médiation : nombreuses publications, expositions temporaires, colloques scientifiques,
services en ligne… La bibliothèque et les fonds d’archives ne cessent de s’enrichir. Ses
archives sur la vie juive à Cologne comptent des milliers de photographies et de nombreux
documents originaux. Les services du NS-DOK répondent aux demandes de particuliers,
d’Allemagne et du monde entier, à la recherche d’informations sur des parents ou grands-
parents, victimes du régime nazi. Le Centre a aussi réalisé de nombreux projets de
recherche. en particulier sur l’histoire juive de la ville et la Shoah, par exemple sur les Juifs
déportés l’automne 1941 de Cologne au ghetto de Lodz. Parmi les publications du NS-
DOK citons un remarquable guide illustré du cimetière juif de Köln-Bocklemünd, inauguré
en 1918 dans l’arrondissement d’Ehrenfeld. Le NS-DOK soutient le projet Stolpersteine de
Gunter Demnig, un artiste de Cologne. Depuis 2008, il se complète d’un centre
d’information et de formation contre l’extrême droite dont les activités de recherche et de
médiation incitent le public, adulte ou adolescent, à lutter contre l’extrême droite et qui
effectue aussi un travail de prévention et d’aide aux victimes d’actes racistes. Depuis
2020, ce centre d’information et de formation contre l’extrême droite, compte un nouveau
service qui cible l’antisémitisme et offre son soutien aux victimes, le Kölner Meldestelle für
antisemitische Vorfälle im NS-DOK. Ce bureau de signalement d’actes antisémites a
publié en juin dernier son rapport, documentant un total de 55 actes antisémites commis à
Cologne en 2021 (agressions, menaces, dégradations de biens, etc.). Y figure aussi
l’analyse de slogans antisémites observée lors d’une manifestation commémorant la
Nakba le 15 mai 2021. Comme l’exprimait la maire de Cologne, Henriette Reker, lors de la
publication de ce rapport, la ville s’oppose résolument à toute forme d’antisémitisme!
Roland Baumann
Pour en savoir plus
La communauté juive de Cologne et son histoire
Synagogen-Gemeinde Köln :
https://www.sgk.de/ (site en allemand, hébreu, anglais et russe)
https://de.wikipedia.org/wiki/Synagogen-Gemeinde_Köln (seulement en allemand)
https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_the_Jews_in_Cologne (aussi en allemand et hébreu)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Synagogue_de_la_Roonstrasse
https://fr.wikipedia.org/wiki/Synagogue_de_la_Glockengasse_(1861-1938 )
https://de.wikipedia.org/wiki/Jüdisches_Wohlfahrtszentrum (seulement en allemand)
https://de.wikipedia.org/wiki/Jüdischer_Friedhof_Bocklemünd (seulement en allemand)
MiQua – LVR
-Présentation du projet MiQua- LVR-Musée juif par Matthias Otten au mahj (Paris) :
https://www.inrap.fr/le-miqua-un-nouveau-musee-sur-le-site-du-quartier-juif-medieval-de-
cologne-16431
-Dossier de presse (en Français) :
https://miqua.lvr.de/media/miqua/presse/pressemappen/MiQua_Pressemappe_2020_frz_b
arr.pdf
https://miqua-freunde.koeln/
Cologne romaine :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonia_Claudia_Ara_Agrippinensium
L’édit de Constantin :
https://sharedhistoryproject.org/essay/prestige-with-strings-attached-
jews-become-members-of-colognes-official-municipal-governing-body
Le Mahzor d’Amsterdam (avec toutes ses pages en ligne) :
https://amsterdammahzor.org/
Centre de documentation sur le nazisme de la ville de Cologne (NS-DOK)
Appellhofplatz 23-25 (EL-DE-Haus), 50667 Köln
Mardi à vendredi 10h-18h ; weekend & fériés 11h-18h (22h le premier jeudi du mois)
https://museenkoeln.de/ns-dokumentationszentrum (site multilingue, aussi en Français)
[m²] miteinander – mittendrin. Für Demokratie – Gegen Antisemitismus und Rassismus
https://antisemitismus-melden.koeln/ (aussi en version anglaise et russe)
L’histoire de la « maison EL-De » :
https://fr.wikipedia.org/wiki/EL-DE-Haus
https://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_de_documentation_sur_le_nazisme