Artistes juifs et utopie communiste

Jan Vanriet, Red Majakovski 1923, 1985, Huile sur toile, 149 x 192 cm, photo Dominique Provost, © SABAM Belgium, 2026, Collection Jan Vanriet & Semafoor.

 

Au CAP / Musée des Beaux-Arts de Mons, l’exposition Regards pluriels. L’art belge et l’utopie communiste au XXe siècle, montre l’impact du mouvement communiste parmi les artistes, de la révolution russe jusqu’à la chute du mur de Berlin. 

 

Comme l’explique le professeur Paul Aron (ULB), commissaire de l’exposition : Le Parti Communiste de Belgique (PCB), fondé en 1921, a toujours attiré une frange du monde artistique et intellectuel belge, en particulier à la Libération. Le parti n’a jamais imposé de doctrine esthétique comparable au réalisme socialiste soviétique, mais constituait un pôle d’attraction politique autour duquel ont gravité une pluralité d’artistes aux oeuvres hétérogènes. Regards pluriels montre la diversité des regards que des artistes ont portés sur « l’utopie communiste » en Belgique : enthousiasme, fidélité, doute, rupture, nostalgie. Une vision plurielle d’un art hétérogène, produit par des créateurs hétéroclites, dont des artistes Juifs, immigrés et fils d’immigrés.

Paul Aron présentant l’exposition. RB

Dès la première salle du parcours chronologique et thématique, Regards pluriels place l’accent sur la diversité des œuvres, et donc des « nuances de rouges », produites par les artistes « proches, sympathisants ou influencés par l’utopie communiste ». Ainsi, Lissitzky, collage de Jacques Aron, rend hommage au peintre d’avant-garde juif soviétique et à ses expérimentations formelles, avant que le stalinisme ne liquide les espoirs d’émancipation portés par la révolution russe. 

 

La lithographie Le vrai visage de Rex (1936), réalisée pour le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes témoigne de l’engagement antifasciste de René Magritte. Membre du PCB en 1945, Magritte participe à l’exposition d’art organisée à Bruxelles en 1947 par l’Amicale des artistes communistes de Belgique. Montrant « L’image au service de la propagande » (affiches, gravures, dessins de presse) cette salle de Regards pluriels expose aussi des artistes devenus critiques d’art dans la presse communiste : Jean Goldmann, alias Jean Cimaise, et Jo Dustin. Peintre, affichiste et dessinateur de presse, Willy Wolsztajn, issu d’une famille de résistants communistes, marque de son trait exubérant la production graphique du monde associatif communiste dans l’après 1968. 

Affiches de Willy Wolsztajn

« Les réalismes engagés » explore le réalisme social, notamment de Kurt Peiser, un artiste juif anversois, peintre de la vie populaire au port d’Anvers, auteur de captivants portraits de rue de Juifs londoniens, etc. Peiser peint une monumentale Montée au socialisme pour les festivités du 30e anniversaire du PCB au Heysel en 1951, mais n’adhère pas au réalisme socialiste! Un de ses élèves, Rudolf Schönberg, né à Bruxelles, de parents juifs hollandais, est passionné de voile et membre de la Société belge des Peintres de la Mer.  La mer et le travail des pêcheurs inspirent toute sa création. Résistant communiste, Schönberg est fusillé en juillet 1944. 

Buste de Jean Guilissen par Josine Souweine. RB

L’Occupation et la Résistance marquent l’histoire du PCB. Participant à l’exposition de 1947 à la Maison de la presse communiste de Bruxelles, l’artiste juive Josine Souweine, montre un buste en bronze du scientifique Jean Guillissen, résistant communiste et fusillé. Elle sculpte aussi la médaille commémorative Les enfants juifs (1945). Caché en Brabant wallon et soutenu par des résistants communistes, le sculpteur Idel Ianchelevici n’est pas membre du PCB, mais participe lui aussi à l’exposition de soutien à la presse communiste en 1947, tout comme Pierre Alechinsky…. 

Arié Mandelbaum, Camarades, étudiants, prolétaires, unissez-vous !, 1969, Technique mixte sur papier, env 460×210, Photo Jean Cosyn, Collection de l’Université libre de Bruxelles.

Regards pluriels évoque la place des artistes proches du réalisme engagé dans  mouvements sociaux des années 1950–1970 : Camarades, étudiants, prolétaires, unissez-vous ! de Arié Mandelbaum proclame la convergence entre radicalité politique et avant-garde picturale. Fils d’immigrés juifs polonais,  membre du mouvement de jeunesse communiste, Mandelbaum met sa peinture expressionniste au service de l’action collective au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles et lors de l’occupation des locaux de l’ULB en mai 1968.

Cette exposition explore un chapitre méconnu de l’art belge dans ses rapports à la gauche communiste, révélant les sympathies politiques d’artistes célèbres comme Magritte, et des oeuvres remarquables d’artistes juifs méconnus, tels Kurt Peiser et Rudolf Schönberg…

RB

Roland Baumann

 

Exposition : Regards pluriels. L’art belge et l’utopie communiste au XXe siècle. 

Jusqu’au 16 août 2026. Mardi-dimanche 10-18h

CAP/Musée des Beaux-Arts, 

Rue Neuve 8, 7000 Mons

www.cap.mons.be

 

Lire

Catalogue de l’exposition : Paul Aron et Xavier Roland (dir.), Regards pluriels. L’art belge et l’utopie communiste au XXe siècle. Éditions Artha, 2026

Paul Aron et Anne Morelli (dir.), Les artistes belges et le communisme. Magritte, Masereel et les autres. Éditions de l’Université de Bruxelles, 2026

Partagez l'article