Réflexion sur la parasha Bekhoukotaï

Bekhoukotaï décrit avec précision, et effroi, les conséquences pour le peuple juif s’il ne respectait pas les termes de son Alliance. Cette tochachah (malédiction) est décrite avec une telle précision qu’elle est prononcée à voix très basse. Pourtant, Bekhoukotaï termine en affirmant que, même dans ces circonstances, le peuple juif ne disparaîtrait pas. Cette conviction est particulièrement lourde à porter, elle nécessite qu’on lui donne un sens.

 

Le lien entre destin et vocation

Le cadre de l’Alliance est une politique morale, établissant un lien élémentaire entre le destin d’une nation et sa vocation. Il s’agit d’un État en tant que question non de pouvoir mais de responsabilité éthique. Spinoza considérait que le judaïsme tel qu’il était vécu à son époque, imposant des règles d’observance strictes, visait à déresponsabiliser les individus. Le fondement du judaïsme, tel qu’exprimé dans Bekhoukotaï, pourrait être tout l’inverse.

La tradition juive enseigne-t-elle que les nations et les individus sont punis par Dieu pour leurs mauvais choix, pour ne pas vivre en accord avec les lois de la Torah ? Les rabbins considèrent que la Torah est la ligne de vie du peuple juif. S’ils s’y accrochent fidèlement et pratiquent ses commandements, ils vivront. S’ils l’abandonnent et l’ignorent, ils périront. Les récompenses et les peines sont liées aux choix qu’ils font (Tanhouma, Buber sur Nombres p.74).

Le onzième principe de la foi de Maïmonide (Ani maamin) définit le libre arbitre : s’ils font le bien, ils seront récompensés par le bien. S’ils choisissent le mal, ils souffriront de pénibles conséquences.

 

Comment expliquer la souffrance des Justes ?

Certains penseurs considèrent que nos bonnes et mauvaises actions sont récompensées ou punies dans le monde à venir, et pour l’éternité. Au contraire, d’autres considèrent que ce qui nous définit en tant qu’humains est notre liberté de nous blesser les uns les autres. Le Rabbin Kushner, dont le fils adolescent est mort d’une maladie rare, enseigne : « Je ne crois pas que Dieu provoque le retard mental des enfants, ou choisit qui doit souffrir de dystrophie musculaire. Le Dieu auquel je crois ne nous envoie pas le problème, il nous donne la force de faire face au problème. »

Il ne s’agit pas de construire notre société par la crainte, mais d’utiliser les enseignements de la Torah comme guide vers l’établissement d’un monde plus juste. L’espoir, la capacité de se tourner vers l’avenir, émane de cette promesse que quoi qu’il advienne, malgré les souffrances, rien ne pourra altérer l’aspiration du peuple juif de mettre en oeuvre ces enseignements. L’un des plus importants principes est le suivant : une nation ne peut pas s’adorer et survivre. Tôt ou tard, le pouvoir corrompra ceux qui le détiennent. Pour rester libre, une nation doit adorer quelque chose de plus grand qu’elle-même, les principes fondamentaux partagés par l’humanité.

 

« Je me souviens de Mon alliance »

Yeshayahou Leibowitz rappelle que le verset « Et je me suis souvenu de Mon alliance » n’implique, d’après les Talmudistes et les Tossafistes (descendants de Rachi), aucun droit. Pour que l’alliance, qui persiste en puissance, ait des conséquences effectives, cela exige des actes de la part de l’autre contractant et cet autre contractant c’est nous. Il convient de combattre cette idée idolâtre : le salut nous serait promis sans condition.

Ainsi, la destinée des nations ne réside pas dans les externalités de la richesse ou du pouvoir, du destin ou des circonstances, mais dans la responsabilité morale et dans l’action. C’est en développant la capacité de se considérer comme responsable des maux qui lui arrivent, qu’une nation devient résiliente.

Shabbat shalom

 

Selon les enseignement du Rav Sacks

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