Ki Tissa
La paracha relate l’épisode du Veau d’or.
Le recensement
Au début de la paracha, les enfants d’Israël sont appelés à faire don d’un « demi-shekel d’argent » pour le Tabernacle. Riches et pauvres, tous contribueront de façon égalitaire. Il s’agit d’un recensement.
Dans la tradition ultérieure, on considère qu’il est dangereux de compter les juifs: les sages donnent les explications suivantes:
– Si chacun est considéré individuellement, les mérites individuels ne sont pas suffisants, l’articulation individu/collectif doit être équilibrée
– On fixe la situation des naissances et des décès, et peut se poser, dans des moments tragiques, la question des mérites des vivants comparés aux morts (pourquoi moi?)
– Surtout, pour le (petit) peuple juif, la force ne s’établit pas par le nombre, comme la rappelle le livre des Juges:
En guerre contre les Midianites, Gideon réunit une armée de 32.000 hommes. Dieu lui ordonne de renvoyer ceux qui le souhaitent à la maison. Ils sont désormais 10.000. Il les emmène boire à la rivière et garde uniquement ceux qui boivent l’eau en restant debout. Ils sont 300. Ils vaincront les Midianites en faisant preuve d’engagement, détermination, idéal, vision, courage et espoir, et pas par le nombre.
Le veau d’or
Moïse se rend sur le mont Sinaï pendant 40 jours et 40 nuits. Le peuple ne le voyant pas revenir, prend peur et fabrique un veau d’or pour lui vouer un culte idolâtre.
Aaron ne parvient pas à les en empêcher. Certains commentateurs lui reprochent son manque de courage et d’autorité. Adin Steinsaltz considère qu’il suit sa ligne de conduite constante: privilégier le compromis et la paix, même si elle a pour conséquence de déformer la vérité.
Moïse redescend alors du Mont Sinaï. D.ieu l’informe du veau d’or et Moïse plaide en faveur du peuple malgré les plaintes qu’ils formulaient depuis le début de l’exode.
Rav Houna pense que D.ieu est responsable de la situation, puisque le peuple a été confronté à l’idolâtrie pendant l’esclavage en Egypte. Elie Wiesel considère qu’en défendant le peuple, Moïse, en dépit de ses déceptions, « n’a jamais perdu confiance, il a su trouver la force et le courage de rester aux côtés d’Israël, de défendre son honneur et son droit à la vie. »
En outre, quelle image la destruction du peuple, juste après sa libération, aurait-elle donné de D.ieu?
Quelle qu’en soit la raison, l’intervention de Moïse au nom de son peuple est un modèle éthique: protéger les autres de jugements trop sévères en plaidant leur cause, en réclamant d’accorder davantage de considération au contexte et aux conditions sur lesquels ils n’ont eu ou n’ont que peu de contrôle.
Moïse brise les Tables de la loi
Toutefois, constatant le forfait de ses propres yeux, Moïse brise les tables de la Loi, brûle le veau d’or, le réduit en poudre, mélange cette poudre dans l’eau et fait boire la solution aux Israélites.
Tous les Lévites se rallièrent à Moïse qui avait ordonné « tuez frère, voisin et parent ». Environ trois mille personnes sont tombées ce jour-là.
Les Lévites étaient des gardes armés du sanctuaire qui devaient être prêts à tuer l’envahisseur (Nombres 3 : 7,38), la violence faisait partie intégrante du travail des Lévites.
Moïse retourne sur le Mont Sinaï. Il décrit le peuple comme têtu. Rabbi Nissenbaum (ghetto de Varsovie) dira que c’est par son entêtement que ce peuple résistera à l’assimilation et aux persécutions.
Moïse obtient le pardon pour le peuple et reçoit les secondes tables de la loi le 10 de Tichri (jour de Yom Kippour). Il libère Dieu de sa promesse de punir le peuple et le convainc de le pardonner.
Comme à Yom kippour qui commence par Kol Nidre, prière qui ne mentionne pas Dieu et dans laquelle on demande à être libéré des promesses passées.
Cette annulation des engagements est contestée par de nombreux sages qui questionnent la valeur de la parole donnée.
Dans notre paracha, Dieu regrette sa promesse de détruire le peuple, ce qui autorise Moïse à l’annuler. Sa compassion a pris le pas sur sa Justice.
Retenons également que les premières tables de la loi sont reçues par Moïse, mais pour les secondes, il les taille lui-même la pierre. De la même manière, les Hébreux n’ont pas participé à la victoire contre les Egyptiens (miracle de la mer) mais ils se battent ensuite contre Amalek.
En conclusion, les combats qui sont menés pour nous nous laissent passifs, alors que ceux que nous menons nous transforment.
Shabbat shalom
*Inspiré des enseignements du Rabbi Lord Jonathan Sacks