Humoriste belge né à Bruxelles d’un père anglais, né à Alexandrie, et d’une mère
alsacienne, née à San Salvador, Richard Ruben a créé dix one man shows et a joué près
de 2 500 représentations à travers la Belgique, la France et la Suisse. Performer à
l’humour ironique et cinglant, il manie toutes les disciplines du spectacle vivant : standup, personnages, imitations, chansons…Attention, il revient !
DEFINITION : Quelle serait votre définition de la culture juive ?
Je dirais que c’est une transmission de valeurs et de rites qui se fait indépendamment de la
croyance dans un dieu. C’est peut-être la seule religion qui est davantage basée sur le rite
que sur son dogme. C’est la seule religion où on peut se demander s’il faut-il être croyant
pour pratiquer, c’est un vieux débat. D’ailleurs, ce n’est pas qu’une religion, c’est aussi un
peuple et les deux se confondent. Pour moi, c’est un état d’esprit.
Une personne juive, totalement assimilée, peut se voir, tôt ou tard, rattrapée par la
tradition, ce que je trouve très beau. On peut être athée et paradoxalement, complètement
pénétré par la tradition. Il peut m’arriver, par exemple, lors de Rosh Hashana, d’être
emporté par le rite et de lire exceptionnellement l’hébreu qui me revient si facilement.
Cette langue symbolique, chargée de tant d’histoire, de transmission, me donne la
sensation de traverser et de vivre un mythe en temps réel !
RESSENTI : Comment définiriez-vous votre culture juive ? Comment la vivez-vous ?
« Un agnostique est un Juif qui attend que sa mère soit morte pour avouer qu’il est
athée », alors, disons que je suis agnostique ! Ma culture juive me met dans une situation
de recherche permanente malgré le fait que je me sente athée. Cela dit, plus le temps
passe, plus je retourne à la tradition, je ressens le besoin de me rapprocher de la sphère
familiale, de mes aïeux. Je célèbre Rosh Hashana, en général chez moi ou chez des amis ;
je fête Pessah chez des amis que je considère comme la famille et j’ose
exceptionnellement prétexter un shabbat pour réunir mes enfants.
Aussi, comme un Italien qui a subitement besoin d’un retour aux sources, je suis
susceptible de m’arrêter pour acheter une challah si elle se trouve sur mon chemin…à
cela près que les spécialités juives ne se trouvent pas au coin de la rue et qu’il faut plutôt
faire un détour pour les trouver. C’est hallucinant à Bruxelles, capitale de l’Europe, qu’il y
ait si peu d’épiceries juives et aucune boucherie casher…
A la maison, je réalise des recettes que ma grand-mère égyptienne m’a transmises –
comme ma mère est ashkénaze, elle ne lui a rien donné, c’est moi qu’elle a directement
formé ! Et donc je prépare souvent ces 2/3 plats à ma famille ainsi qu’à des amis juifs et
non-juifs, auxquels je me fais un plaisir de faire découvrir la culture juive.
MUSIQUE : Quels sont vos musiciens juifs « de prédilection » ?
J’aime beaucoup GEORGE GERSHWIN, c’est un compositeur primordial, un musicien
surprenant à la légèreté incroyable. Il est un peu l’inventeur de la musique moderne, du
grand orchestre jazzy mais encore de la chanson Foggy Day avec laquelle, pendant des
années, j’entrais en scène dans mes one man shows.
J’aime particulièrement les musiciens anglo-saxons, parmi lesquels DAVID LEE ROTH, du
groupe VAN HALEN. Il faut entendre sa gouaille si new-yorkaise : une voix grasse, riche,
un peu cassée. J’aime aussi, dans le genre variété, pop-rock, BILLY JOEL. Il m’a
énormément marqué. PAUL SIMON incarne aussi cette musique des Juifs américains qui
fait transparaître tant de subtilités.
Un autre chanteur grandiose pour moi, c’est RANDY NEWMAN : il est à la pop américaine,
ce que Woody Allen est au cinéma ! C’est lui qui a fait toutes les musiques des Toy’s
Stories. Il a écrit d’autres musiques de films et d’autres tubes solo : I love L.A. reprise dans
le film Bean ou encore son tube Short People en 1977 ; il a également fait un duo avec
Paul Simon. Son humour second degré et son autodérision détonnent. Alors que ce
pianiste avait un physique de chanteur romantique, il chantait comme… un canard ! Ce
« song writer » a tout fait et on retrouve également une patte typiquement juive dans son
travail. Mention aussi pour CARLY SIMON…
Plus proche de nous, je citerais MICHEL JONASZ qui pleure sa joie de vivre ! Ses musiques
plaintives, où joie et mélancolie se mêlent, expriment si bien son côté « Europe de l’Est »,
la Hongrie…
LITTERATURE : Pouvez-vous nous citer un (ou plusieurs) auteur(s) juif(s), un/quelques
titre(s) de livre(s) qui vous aurai(en)t touché(e) ?
Je suis un fan de PHILIP ROTH, j’aime sa façon de dépeindre l’Amérique imparfaite. Il
laisse une œuvre colossale… Quel adolescent n’a-t-il pas lu Portnoy et son complexe ?
Pour moi, c’est un classique. En France, j’aime beaucoup OLIVIER GUEZ, l’auteur du
livre Les Révolutions de Jacques Koskas et de La disparition de Joseph Mengele. Il est un
peu dans la lignée d’un Philip Roth et j’aime cette idée qu’il ait des « enfants » littéraires
un peu partout !
Il y a encore ALBERT COHEN et puis ROMAIN GARY avec La Promesse de l’aube, c’est
magnifique… Tous sont dans la mémoire et la transmission. En fait, je constate qu’il est
compliqué d’être antisémite parce qu’à travers ce qui leur arrive, les protagonistes juifs
font état des rapports qu’ils entretiennent avec eux-mêmes, ce qui les rend finalement,
universels.
ARTS PLASTIQUES : Un peintre, sculpteur, artiste, œuvre juive…
Je suis un grand amateur de l’art moderne du XXème siècle et de peinture en particulier :
j’adore Picasso, Van Gogh, Fernand Léger, Matisse mais aussi AMEDEO MODIGLIANI qui a
été influencé par les fauves et qui a lui-même influencé CHAÏM SOUTINE que j’aime
beaucoup aussi. Chez MARC CHAGALL, il y a des choses que j’apprécie et d’autres non, les
couleurs sont parfois trop froides pour moi.
7EME ART : Quel film, quels réalisateurs/comédien.ne.s, quels, films, documentaires
vous reviennent-il en mémoire ?
On aborde là un grand chapitre ! Alors je suis évidemment un fan de WOODY ALLEN qui
a inspiré plein de gens au-delà du cinéma. J’adore NOAM BAUMBACH, le réalisateur de
While we’re yong, Mariage Story, The Meyerowitz stories, à voir sur Netflix. Son
judaïsme transparaît aussi dans ses films qui traitent des rapports familiaux.
Je citerais aussi JOEL et ETHAN COEN. On pourrait croire qu’ils ont coupé le cordon avec
leurs racines mais elles reviennent tout le temps ! Il y a ce côté névrosé que j’aime
beaucoup dans leurs films. Dans A Serious man, des Juifs hassidiques traversent une
tempête de neige et se précipitent dans une espèce de cabane. En fait, c’est l’histoire
d’un gars, complètement névrosé, qui a des problèmes avec sa femme, qui a des voisins
antisémites et dont la sa vie s’effondre dans l’Amérique profonde, ça m’amuse !
SACHA BARON COHEN est un génie d’irrévérence : le grotesque de ses situations et
personnages est à la mesure de ces justes et courageuses dénonciations. C’est
paradoxalement un clown et un réalisateur d’une grande finesse.
Pour la France, je pense au tandem BACRI-JAOUI, à CLAUDE LELOUCH, lui aussi influencé
par Woody Allen, avec toutes ces interactions entre les personnages. A son tout, il a
inspiré CEDRIC KLAPISH.
Dans un tout autre genre qui me touche, il y a ROMAN POLANSKI : quel génie ! Ses films
n’ont rien avoir les uns avec les autres mais tout est chef-d’œuvre chez lui, Le Pianiste notamment.
Je pense aussi aux films d’ELIE CHOURAKI : Qu’est-ce qui fait courir David ? avec Francis
Huster et Charles Aznavour en patriarche juif, de PASCALE BAILLY : Dieu est grand, je
suis toute petite avec Edouard Baer et Audrey Tautou ou encore de STEVE SUISSA : L’Envol, un film superbe !
J’adore aussi les films sur les communautés, quelles qu’elles soient, parce qu’il y a tant
de points communs entre ces différents univers (communautés italienne, arménienne,
marocaine, etc.) et j’affectionne les mélanges aussi, ça doit venir de mes origines !
PENSEE JUIVE : Etes-vous proche de la/d’une pensée juive /d’un philosophe ?
Je trouve les maximes et formules de KARL MARX, au-delà de toute considération ou
appréciation intellectuelle, vraiment drôles et je n’ai pas encore lu Le Capital !
Et puis, sans transition, je suis sensible aux leçons de « philosophie » du réalisateur MEL
BROOKS (La folle histoire du monde) qui est toujours conférencier à 95 ans ! Tout
comme PHILIP ROTH, il a positivement influencé ma vie…
SOUVENIR : Pourriez-vous nous confier un moment/mode de partage et de joie de
culture juive ?
J’ai un souvenir très précis de Kippour que je faisais gamin. Je ne le fais plus ou très
rarement. J’ai en fait une nostalgie de la table familiale du soir après le jeûne. Ma mère
coupait toujours le jeûne avec une tasse de café. Et comme elle est alsacienne, elle
l’accompagnait toujours d’un morceau de tarte aux pommes ou aux prunes – du sucré –
puis on attaquait un magnifique buffet, avec des harengs, plein de choses, des
fromages : ce partage était extraordinaire après ce jeûne, observé ou non ! Cette
tradition est émouvante, sa symbolique, extraordinaire.
Un jour par an…Si on en a l’occasion, on peut aussi le vivre comme une expérience
humaine, ne fut-ce que pour prendre le temps de réfléchir sur soi-même. On a toute la
journée pour penser à… rien, donc on pense aussi à sa judéité. Et on se demande : « Au
fond, pourquoi je fais Kippour ? Ah ouioui !!! C’est pour faire plaisir à ma mère » !
Plus sérieusement, au « Grand Pardon », j’ai envie de sous-titrer : « Le Grand Bilan » !
Et puis, si Kippour suit Rosh Hashana, c’est sans doute pour donner un sens à l’année qui
vient. Shanah tova !
A.K.
Retrouvez l’agenda de Richard Ruben sur son site : http://www.richardruben.com
A découvrir, son spectacle « En chanté »
2 dates, en particulier :
le 24 octobre 2021 au Théâtre le Public pour une soirée intimiste https://www.theatrelepublic.be/richard-ruben-en-chante
le 05 février 2022 au Cirque Royal sous les feux de la rampe ! https://www.cirque-royal-bruxelles.be/evenement/richard-ruben-2022-02-05-2000