Entretien avec Ginette Kolinka – Version courte

Les lecteurs ont le loisir de lire la version longue en cliquant ici: https://maisondelaculturejuive.be/pensee-juive/entretien-avec-ginette-kolinka-version-complete/

Entretien avec Ginette Kolinka,

Agée de 98 ans, trois ans après la sortie de son livre coup de poing Retour à Birkenau, co-écrit avec la journaliste Marion Ruggieri, cette femme admirable nous répond.

Ginette Kolinka est une multi-survivante ! Dire qu’elle est une simple rescapée de la Shoah reviendrait à réduire à un miracle sa survie ou à un emprisonnement monotone et répétitif, les journées interminables et inexprimables à combattre pour ne pas mourir. C’est tous les jours et plusieurs fois par jour qu’elle a dû se battre pour échapper à la mort, entre le 12 avril 1944, date de son arrestation et le 30 juin 1945, quand elle est rentrée chez elle.

Paule Gut : Comment s’est passée votre collaboration avec Marion Ruggieri ?

Ginette Kolinka : C’est elle qui m’a contactée, je crois. Elle m’avait interrogée pour son journal, elle avait gardé quelques notes et en rangeant ses papiers , elle a retrouvé les notes et s’est dit pourquoi ne pas en faire un livre ? Et le livre est sorti. Et puis il a intéressé beaucoup de monde.

Les honneurs ce n’est pas moi qui dois les recevoir, c’est Marion Ruggieri.. Moi je raconte mon histoire, elle a su l’écrire. Cette jeune femme a réussi à transmettre en livre, les réponses à ses questions. Vous savez, des histoires de déportation, allez au Mémorial (Paris) , vous verrez des tonnes de livres. Mais là il y a une question de chance aussi. Marion l’a bien écrit, elle était connue, tout ça fait qu’il y a eu un peu plus de publicité sur ce livre que certains autres. J’ai des camarades qui écrivent leur histoire, elle est pareille que la mienne et leur livre n’a pas de succès. Il y a de la chance là-dedans partout. Parfois des élèves aimeraient la rencontrer, mais elle a son métier.

P.G. : Vous m’avez dit tout à l’heure que ce n’était pas difficile de témoigner, mais où trouvez- vous cette force de le faire ?

G.K. : Bah écoutez, je ne saurais quoi vous dire (rires).

Quand on raconte sa vie, on se souvient de sa jeunesse, de certains détails, on n’essaye pas de les créer, ça vient tout seul. Je raconte juste mon histoire qui ne change pas. Je pense que tout le monde est capable de raconter son histoire. Le tout est qu’il faut être capable de trouver quelqu’un qui veuille vous interroger. Moi je pense que si je rencontre quelqu’un dans la rue et que je lui pose des questions sur sa vie, et bien ça viendra tout seul peut-être. Ce sont ceux qui font des livres sur le sujet qu’on remercie, parce que ça laissera des traces.

P.G. : A quelle fréquence témoignez-vous aujourd’hui dans les lycées ?

G.K. : Si vous prenez mon agenda, vous verrez qu’il est rempli tous, tous, tous les jours, sauf le week-end. Mais il est à présent aussi rempli certains week-ends, parce que ça intéresse aussi les associations, les adultes, alors on va parler devant eux.

P.G. : Vous rendez-vous encore à Birkenau avec les élèves ?

G.K. : Non. Ça, je crois que je n’irai plus. Je me fais vieille et on me déconseille l’avion.

P.G. : Etes-vous au courant du succès de votre livre au niveau des ventes ?

G.K. : Euh non… Ah mais si ! Je suis au courant, parce que j’ai touché de l’argent et que maintenant, moi qui n’étais pas imposable, je le suis (gros éclat de rire). Quand on paie des impôts, ça veut dire qu’on gagne de l’argent.

P.G. : Quand votre fils a lu le livre, que vous a-t-il dit ?

G.K. : Rien. Je ne lui en parle toujours pas. Je n’aime pas parler de cette histoire avec les gens. Je n’aime pas et suis incapable de parler de ça avec mes amis. Autant je peux parler devant des gens que je ne connais pas. Mon petit-fils m’a présenté son amie, on a mangé au restaurant hier ou avant-hier. Elle m’a dit : »vous pouvez me raconter votre histoire ? » Mais non, je ne peux pas raconter une histoire comme ça, c’est impossible. Je peux parler en répondant à des questions, mais raconter, c’est presque impossible. J’ai beaucoup de mal à parler avec ceux que je connais.

Avec la sortie du film de Olivier Dahan, Simone , le voyage du siècle, Ginette Kolinka revient spontanément sur la disparition des témoins et sur le caractère ancien de « son histoire.

G.K. : Je voulais vous dire que j’ai été voir en avant-première un film sur Simone Veil et il est très intéressant. Il n’y a presque plus de témoins. C’est même l’hécatombe. On avait 15 ans quand c’est arrivé, les moins de 15 ans ont été tués. C’est donc une histoire qui date de 77 ans et donc les plus jeunes ont maintenant 92 ans, ceux qui ont vécu ça. J’admire les jeunes qui nous écoutent. Ils écoutent une histoire ancienne. Moi quand ma mère me parlait de la guerre de 14, ça faisait 25 ans et elle me cassait les pieds (rires).

P.G. : Vous combattez toujours la haine ?

G.K. : Ça oui. Tant que je vivrai je la combattrai. Est-ce qu’on arrivera à la combattre ? Peut-être. Non en fait, je ne pense pas qu’on y arrivera, mais peut-être que ça va faire réfléchir certaines personnes. L’Histoire de France n’est faite que de guerres. On n’a plus eu de guerre en France depuis 1939, ce qui n’empêche pas les gens de se battre, de s’entretuer, je pense qu’il ne faut pas trop, trop, trop demander à l’humanité.

Propos recueillis le 29 septembre 2022

Paule Gut.

Pour en savoir plus:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ginette_Kolinka
https://www.telesambre.be/ginette-kolinka-rescapee-d-auschwitz-et-passeuse-de-memoire
https://www.francebleu.fr/infos/education/a-97-ans-ginette-kolinka-rescapee-d-auschwitz-forme-les-futurs-passeurs-de-memoire-en-touraine-1664027588
https://www.youtube.com/watch?v=p2cD1sVqpSU&ab_channel=LouisVincent

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