Maurice Rose, un général juif américain, libérateur de Mons

Les 28 et 29 août derniers, dans la région de Mons, l’événement Tanks in Town, commémorait le 77e anniversaire de la libération de la ville par la 3e division blindée américaine (3rd Armored Division) commandée par Maurice Rose, un général juif.

Maurice Rose naît le 26 novembre 1899, la veille de Hanouka, à Middletown dans le Connecticut. Son père Samuel Rauss, petit-fils de rabbin, a émigré de Varsovie en 1883 aux États-Unis où il épouse Katherine Brown (Bronowitz), originaire elle aussi de Varsovie. La famille Rose s’installe à Denver où Samuel monte un magasin prospère de confection et devient rabbin de la synagogue orthodoxe Beth Joseph. Grand admirateur de Abraham Lincoln, le petit Maurice se passionne pour l’histoire de la Guerre de Sécession et rêve de devenir militaire. En 1916, lors de l’expédition punitive au Mexique du général Pershing à la poursuite de Pancho Villa, Maurice Rose s’engage dans la Garde Nationale en mentant sur son âge. Ses parents viennent le chercher ! Maurice se voit licencié et travaille dans un abattoir. Après la déclaration de guerre des USA contre l’Allemagne, il se porte volontaire, cette fois avec l’accord de ses parents, et suit une formation d’officier, devenant sous-lieutenant puis lieutenant d’infanterie. En juin 1918 son régiment embarque pour l’Europe et monte sur le front de Lorraine en juin-août, puis participe à la bataille de Saint-Mihiel le 12 septembre 1918. Blessé par un éclat d’obus, Maurice s’échappe de l’hôpital où il est soigné tandis que ses parents reçoivent par erreur un télégramme les informant de sa mort. Dans son dossier médical, le jeune officier se déclare protestant. Il agira de même dans des documents médicaux ultérieurs alors qu’il ne s’est jamais converti. Pourquoi cette fausse déclaration ? Le corps des officiers est alors majoritairement anglo-saxon, protestant, politiquement conservateur et aussi antisémite que raciste. Rose n’est pas allé à West Point, n’a pas de diplôme universitaire et seulement un statut d’officier de réserve. Il a déjà menti sur son âge pour entrer dans la garde nationale et sait qu’être identifié comme Juif serait très mauvais pour sa carrière d’officier. Démobilisé en juin 1919, Maurice Rose rentre aux États-Unis et pendant quelques mois travaille comme représentant de commerce. Marié à une mormone en juin 1920, il se rengage dans l’armée. Nommé capitaine et après plusieurs garnisons, il entre à l’école d’infanterie de Fort Benning, alors que naît son premier fils, fin 1925. En 1927, il enseigne dans une école d’officiers de réserve au Kansas, puis se sépare de sa première épouse et demande son transfert dans la cavalerie. Transféré dans la zone américaine du canal de Panama et devenu un fin cavalier, passionné de polo, il se remarie en 1934. Nommé major en 1936, Rose suit les cours de la United States Army Command and General Staff College (CGSC), prestigieuse école d’officiers de Fort Levenworth (Kansas) .

Le Rommel des blindés américains

Fin 1941, il est chef d’état-major du général Patton, alors commandant de la 2e division blindée. Promu colonel après le débarquement en Afrique du Nord, Rose négocie la reddition des forces allemandes de Tunisie en mai 43. Il participe ensuite à la campagne de Sicile, à la tête du Combat Command A (CCA) de la 2e division blindée et devenu général se trouve ensuite engagé en Normandie où il repousse le 13 juin 1944 la contre-attaque allemande sur Carentan, prise par la 101e division de parachutistes américains. Dans l’offensive sur St-Lô et la percée d’Avranches fin juillet, Rose adopte la technique de faire porter les fantassins sur les chars à l’attaque des positions allemandes écrasées par les bombardements de l’aviation alliée. Rose a fière allure avec ses hautes bottes de cuir étincelantes et son pantalon d’équitation rose. Praticien consommé de la guerre blindée il garde un contrôle étroit de ses colonnes qui se déplacent aussi de nuit, sans jamais se laisser arrêter par les poches de résistance, contournant les points forts des défenses allemandes et lançant vers l’avant ses unités de reconnaissance pour en découvrir les faiblesses. Rose reçoit alors le commandement de la 3e division blindée, surnommée « le fer de lance » (Spearhead). Cette division atteint la Seine le 25 août, traverse l’Aisne et fait route sur Sedan.

De la « Poche de Mons » à la bataille des Ardennes

Le premier septembre 44, Rose reçoit l’ordre de réorienter l’avance de sa division en direction de Mons pour couper la retraite de la 7e armée allemande, dont les casseurs de code de Bletchley Park sont informés de la concentration de troupes dans la région montoise. Le 2 septembre à 16 heures, les unités de reconnaissance de la Spearhead franchissent la frontière belge et dans la nuit entrent à Mons. Rose établit son quartier-général au château de Warelles à Quévy-le-Grand (à l’ouest de Mons ; devenu aujourd’hui une maison de repos). Les troupes de Rose établissent autour de Mons des barrages routiers qui coupent la retraite allemande, font des milliers de prisonniers et bénéficient d’un temps excellent pour le soutien aérien des chasseurs-bombardiers P-47 Thunderbolt américains. Le 4 septembre dans l’après-midi, mission accomplie, la Spearhead quitte la région de Mons, libère Charleroi, puis Namur et Huy. Toujours proche de l’action, Rose contrôle étroitement les opérations, tout en laissant une grande liberté d’initiative aux commandants des trois Combat Command (CCA, CCB et CCR) composant sa division. Rose est nommé major général. Liège et Verviers sont libérés. La Spearhead atteint la frontière allemande que Rose est le premier général américain à franchir. Mais après cette progression très rapide la division blindée souffre de problèmes majeurs de logistique (ravitaillement et entretien des chars) et bientôt la bataille de Aachen et de la forêt de Hürtgen arrêtent l’avance américaine. Durant l’offensive allemande des Ardennes, la division de Rose est scindée tenter de colmater le front rompu par l’avance nazie, renforçant la défense de Eupen, de La Gleize… Rose fractionne ce qu’il lui reste de sa division en Task Forces qui s’illustrent en particulier dans la défense de la Baraque de Fraiture et du passage de l’Ourthe à Hotton. Comme le déclare Rose à son supérieur le général Joe Collins (commandant du 7e corps dont fait partie la Spearhead) au début de la contre-offensive alliée : « Il n’y a qu’un seul moyen que je connaisse pour diriger cette division et c’est d’en prendre la tête ». Le 5 mars vient l’attaque de Cologne et le 12 à Düren, Rose se voit décerner la Croix de guerre française. Le 28 mars dans une conférence de presse après la prise de Marburg, Rose annonce l’attaque de sa division sur Paderborn pour compléter l’encerclement des Allemands et les enfermer dans la poche de la Ruhr.

Assassiné par un tankiste SS

Le 29 mars, la 3e division blindée parcourt plus de 150 kilomètres de Marburg à Paderborn, mais le lendemain les pointes blindées américaines tombent dans une embuscade au sud de cette ville où elles doivent affronter la Schwere Panzer Abteilung 507, un bataillon SS de vétérans du Front de l’Est dont les chars lourds Tigre et Tigre Royal pulvérisent les tanks Sherman et les transporteurs de troupes Halftrack américains. Toujours en tête de ses troupes, Rose et son escorte composée de trois jeeps et une auto-blindée sont surpris par ce qu’ils croient être un des nouveaux chars Pershing dont commence à être équipée la division. Il s’agit d’un Tigre Royal qui coupe le passage de la jeep de Rose. Acculés, le général et ses hommes lèvent les bras mais le chef de char SS abat Rose d’une longue rafale de mitraillette. Criblé de balles le général s’effondre, perdant la vie quelques semaines avant la victoire finale sur le nazisme. Curieusement la commission d’enquête américaine sur les crimes de guerre jugera que le tankiste SS a tué Rose dans le feu de l’action pensant qu’il cherchait à dégainer son revolver. L’affaire est classée le 20 novembre 1945 alors que commence le procès de Nuremberg… Le 8 avril 45, la communauté juive de Denver forme un comité de collecte pour fonder le General Rose Memorial Hospital qui sera inauguré le 30 août 49. La dépouille de Rose est inhumée aux Pays-Bas, au cimetière militaire américain de Margrafen, proche de Maastricht. Tombé dans l’oubli, le général Rose sera bientôt honoré par une statue en bronze de trois mètres de haut, dont le sculpteur George Lundeen vient de réaliser la maquette et qui sera installée à Denver dans le Lincoln Veterans Memorial Park, face au Capitole de l’État du Colorado.

Roland Baumann


Références

Bataille de la Poche de Mons et Tanks in Town :

https://www.mons.be/agenda/tanks-in-town-20th-edition
https://www.tracesofwar.com/sights/12381/Monument-3rd-Armored-Division-Headquarters.htm

Biographie de Maurice Rose :

« General Maurice Rose: The Jewish American General who played a major role in defeating Nazi Germany » https://www.youtube.com/watch?v=fyxCmOSx6WU

Projet de statue en bronze à Denver :

New statue of Two Star General Maurice Rose to be placed in front of Colorado State Capitol

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