Réflexion sur la parasha Bereshit

La foi en l’humanité

Tout ce que contient la Torah – non seulement des commandements mais aussi des récits, y compris le récit de la création elle-même – est là pour des raisons d’instruction éthique et spirituelle. Pour Rashi, la création du monde n’est pas survenue en six jours de 24 heures, mais elle est le résultat d’un processus qui a pris des milliers d’années (cf. le texte du Psaume 90 : « Car un jour est comme mille ans à tes yeux »), là, en fait, n’est pas l’essentiel.

Bien avant l’avènement de la science moderne, les Juifs ont réalisé que le but de la Torah n’est pas de nous expliquer « comment » le monde a été créé, mais de nous aider à comprendre pourquoi et « qui » est la source de toutes les merveilles des cieux et de la terre. Le récit passe des moindres détails aux visions les plus majestueuses de l’univers et de notre place en son sein. Mais il ne s’écarte jamais de sa focalisation sur les questions :

« Que dois-je faire ? Comment vais-je vivre ? Quel genre de personne dois-je m’efforcer de devenir ? »

Cela commence, dans Genèse 1, par la question la plus fondamentale de toutes. Comme le dit le Psaume (Téhilim 8 : 4) :  » Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui ? » D’où la question des anges, question ultime au coeur de la foi. Pourquoi Dieu, connaissant les risques et les dangers, a-t-il créé une espèce qui pouvait et s’est rebellée contre lui, a dévasté l’environnement naturel, a chassé des espèces jusqu’à l’extinction, et a opprimé et tué ses semblables ?

Le Talmud, imaginant une conversation entre Dieu et les anges, suggère une tension dans l’esprit de Dieu lui-même. La réponse que Dieu donne aux anges est extraordinaire : « Même jusqu’à la vieillesse, je ne changerai pas, et même aux cheveux gris, je serai encore patient. » Signification : Moi, Dieu, je suis prêt à attendre. Dieu a créé l’humanité parce que Dieu a foi en l’humanité. Bien plus que nous n’avons foi en Dieu, Il a foi en nous. Dans ces conditions, comment concilier l’existence de Dieu, la morale, et Auschwitz ?

Le Rabbi Sacks apporte cette réflexion :
Lorsque je me suis tenu pour la première fois à Auschwitz-Birkenau, la question qui me hantait n’était pas : « Où était Dieu ? Dieu était dans le commandement : « Tu ne tueras pas ». Dieu était dans les mots : « Tu n’opprimeras pas l’étranger. » Dieu disait à l’humanité : « Le sang de ton frère crie vers moi du sol ». Dieu n’a pas empêché les premiers humains de manger du fruit défendu. Il n’a pas empêché Caïn de commettre un meurtre. Il n’a pas empêché les Égyptiens d’asservir les Israélites.

Dieu ne nous sauve pas de nous-mêmes. C’est pourquoi, selon le Talmud, créer l’homme était un tel risque que les anges le déconseillaient. La question qui me hante après l’Holocauste, dit le Rav Sacks, comme elle le fait aujourd’hui dans cette nouvelle ère de chaos, est « Où est l’homme ? »
Ce commentaire est dédié à toutes les victimes du pogrom du 7 octobre 2023 et aux enfants enlevés, arrachés à leurs familles.

 

*Selon les enseignements du Rav Sacks

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