Né en 1890 à Vienne d’un père catholique et d’une mère juive, Friedrich Christian Anton Lang, dit Fritz Lang, grandit dans l’Empire austro-hongrois. Après des études d’architecture auxquelles le destinait sa famille, il se tourne vers la peinture puis vers le cinéma. Engagé pendant la Première Guerre mondiale dans l’armée austro-hongroise, il est blessé et profite de sa convalescence pour écrire plusieurs scénarios. Après la guerre, il s’impose rapidement dans le cinéma allemand et devient l’une des grandes figures de l’âge d’or du cinéma muet.
Son œuvre est profondément marquée par les transformations sociales et politiques de son époque. Dans Metropolis, il imagine une société divisée entre une élite vivant dans le luxe et des ouvriers condamnés à travailler sous terre. La machine y devient le symbole d’un progrès qui, lorsqu’il échappe au contrôle humain, peut finir par dominer l’homme et le réduire à un simple rouage. Le film interroge ainsi les rapports entre classes sociales, industrialisation et progrès technologique, dans une Allemagne profondément transformée par l’industrialisation.

Le rapport de Fritz Lang au judaïsme prend une importance particulière avec l’arrivée du nazisme. Bien que baptisé catholique, ses origines maternelles juives le placent dans une situation dangereuse face à l’idéologie raciale du régime. Nous pouvons néanmoins mentionner l’affection que portait Hitler au réalisateur Fritz Lang et à ses films. Après s’être vu offrir un poste de directeur de l’industrie cinématographique allemande, celui-ci refusera et s’expatriera finalement aux États-Unis.
Goebbels s’intéresse très tôt au cinéma et à la possibilité de servir les intérêts du nazisme comme outil de propagande principal des masses, mais également parce que celui-ci avait, selon lui, le pouvoir de chasser l’ennui, comme il le souligne lors d’une conférence en 1933. Le cinéma devient ainsi un instrument politique majeur du régime. Le refus de Lang prend alors une dimension particulière : il refuse non seulement une fonction prestigieuse, une forme de sécurité dans le monde nazi mais également de mettre son art au service de cette idéologie.
Lang quitte l’Allemagne pour Paris avant de rejoindre Hollywood. Son exil est ainsi lié à la fois à la menace que représentent ses origines juives et à son opposition au régime. Cette rupture avec l’Allemagne marque durablement son œuvre. À Hollywood, il réalise notamment des films noirs et plusieurs œuvres liées à la guerre, tout en poursuivant son exploration de la violence, de la culpabilité et des mécanismes de domination.
Dans M le maudit, réalisé en 1931, Lang s’intéresse notamment à la responsabilité individuelle et au regard que la société porte sur ceux qu’elle considère comme dangereux. Lors du tribunal clandestin, M affirme qu’il ne peut contrôler ses actes et qu’il est né ainsi. Le film ouvre alors une réflexion complexe : doit-on considérer cet individu uniquement comme un criminel ou également comme une personne confrontée à une condition qu’elle ne maîtrise pas ? Lang ne fournit pas de réponse simple et transforme ainsi le cinéma en espace de débat moral et social.

Le judaïsme de Fritz Lang ne constitue donc pas uniquement un élément de sa biographie. Il permet de mieux comprendre son rapport à l’Allemagne nazie, son choix de l’exil et la place de la liberté dans son parcours. À travers ses films, il interroge les rapports de pouvoir, les classes sociales, la technologie, la violence et la responsabilité humaine.
Fritz Lang fait ainsi du cinéma bien plus qu’un simple divertissement : il en fait un moyen d’observer les transformations de son époque, de mettre en lumière ses contradictions et d’interroger les dangers auxquels l’homme peut être confronté lorsque la société, la technologie ou l’idéologie prennent le dessus sur l’individu.