La vie est brève et vulnérable
Le pouvoir de Souccot est qu’il nous ramène aux racines les plus élémentaires de notre être. Souccot est le moment où nous posons la question la plus profonde de ce qui fait qu’une vie vaut la peine d’être vécue. Après avoir prié le jour de Roch Hachana et de Yom Kippour pour être inscrits dans le Livre de la Vie, Souccot nous oblige à nous rappeler à quel point la vie est brève et vulnérable.
Cette association de la souccah avec la nature fragile et constamment changeante de la vie humaine était une évidence pour les rabbins qui choisirent le livre de l’Ecclésiaste (Kohelet) comme lecture et base d’étude pour le shabbat de Souccot. Kohelet est un livre complexe, attribué au Roi Salomon, plein de ce qui peut apparaître comme des contradictions. Après de longs débats, il fut finalement inclus dans la Bible parce qu’il est porteur de messages fondamentaux. Il questionne notamment l’esprit de Justice, constatant que le même sort attend le vertueux et le mauvais, dénonçant aussi les larmes des victimes abandonnées. C’est un questionnement profond sur la mortalité.
Nous sommes des étrangers et des résidents temporaires sur terre. Le temps est un désert, et tout ce que nous possédons en voyage, c’est une cabane, une tente. Kohelet est une déclaration philosophique sur la vie considérée comme une souccah. Kohelet enseigne que les moments de joie succèdent aux jours de tristesse, le rire précède les larmes, les saisons se succèdent : on récolte et l’on perd, l’amour laisse place à la haine, la guerre à la paix.
Assis dans la souccah provisoire, ornée de décorations évoquant la moisson, non seulement on éprouve de la reconnaissance pour la générosité de la nature mais on réalise également combien peuvent varier les saisons d’une existence humaine et avec quelle rapidité les êtres humains migrent de la naissance à la mort.
Ce qui importe n’est pas combien de temps nous vivons, mais à quel point nous ressentons que la vie est un cadeau que nous rendons en donnant aux autres. Selon le Zohar, la mystique juive, on doit convier dans la souccah les sept illustres héros juifs (Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, Aaron et David), mais ils ne se présenteront que si l’on a d’abord invité les pauvres et les indigents pour partager notre bonne fortune.
*Selon les enseignements du Rav Sacks