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De la traque identitaire à la réduction identitaire

Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique ASBL
Coördinatiecomité van de Joodse Organisaties van België VZW
Belgian Chapter of the European Jewish Congress and the World Jewish Congress

Bruxelles, 30 novembre 2021

Le Président du CCOJB dénonce l’irresponsabilité du Procureur du Roi et du Vif/L’Express

Ce dimanche 28 novembre a commencé la fête de Hannouca, une fête toute dédiée aux enfants et à la conquête des ténèbres par les lumières. Huit jours de partage, de jolies décorations et de cadeaux pour les enfants. Pourtant, il serait malhonnête de prétendre que nous abordons cette fête le cœur léger. La situation sanitaire n’est pas bonne, et nous devons, comme chacun des membres de la communauté nationale, nous préserver en nous contraignant.

Mais au-delà de cette charge qui pèse sur tous les Belges, les juifs de Belgique doivent faire face à de graves difficultés: la polarisation des débats publics accroît l’antisémitisme et réduit la protection des minorités, et plus récemment, nous constatons une recrudescence de ce qu’il convient d’appeler la réduction identitaire.

Le dernier exemple en date fait froid dans le dos. Serge Lipszyc est président du Comité permanent de contrôle des services de renseignements de notre pays (le Comité R). Dans le cadre de ses fonctions, il s’est inquiété de la montée de l’idéologie d’extrême droite, y compris dans l’armée belge. Et des voix discordantes se sont fait entendre sur le sujet. Cela aurait pu se résumer à cela, mais hélas, la réduction identitaire ne s’est pas fait attendre: le procureur du Roi, Frédéric Van Leeuw, au micro de Matin Première à la RTBF, a déclaré, de manière condescendante à souhait, que les positions de Serge Lipszyc tenaient au fait qu’ il a “été marqué par l’histoire de sa grand-mère qui a porté l’étoile jaune”. Et le Vif-L’express d’expliquer l’affaire dans son numéro du 18 novembre dernier en intégrant un paragraphe tout entier consacré à dresser la généalogie de Monsieur Lipszyc, le statut d’enfant caché de son père pendant la guerre et ses fonctions après celle-ci, en qualifiant ce dernier de “notable” (juif). Qu’importe l’intention du Vif ou du procureur du Roi – le message est pernicieux: on peut tout à fait négliger ou minimiser les arguments de Monsieur Lipszyc parce que celui-ci est juif et que les juifs – c’est bien connu – voient des nazis partout. Voilà donc le stéréotype véhiculé, impunément, en Belgique, en 2021. Les juifs ne connaissent que trop bien les mécanismes de la réduction identitaire: ils vont de la décrédibilisation (il dénonce un fait “mais” il est juif et….”les juifs exagèrent”), aux suspicions de double allégeance (elle pose un acte diplomatique “mais” elle est juive et…“les juifs protègent Israël, non?”), aux délires conspirationnistes (il défend la vaccination “mais” il est juif et… “les juifs profitent du vaccin”).

Pourquoi est-ce un problème qui, s’il atteint particulièrement la communauté juive, ne se résume absolument pas à celle-ci? On attribue, souvent voire toujours à tort, des attitudes et des croyances à chaque groupe, chaque communauté, chaque courant philosophique ou politique. Ce sont les stéréotypes. Or la réduction identitaire attise les stéréotypes et empêche les débats rationnels. Le problème n’est évidemment pas de parler d’identité, de croyances ou de combats. Le problème est la mise en relation de ces éléments avec des débats de fond.

Que dire du journal qui rappelerait dans un article sur les performances d’une équipe de foot les orientations sexuelles de son attaquant?

Que dire du politique qui évoquerait dans un débat sur l’économie politique l’origine ethnique de son concurrent?

Que dire d’un magistrat qui, au sujet d’une faillite frauduleuse, mentionnerait la couleur de peau du gérant?

Notre société est malade de réduction identitaire, et la polarisation des débats politiques, y compris chez nos voisins, est à tout le moins exacerbée par cette maladie, avec les conséquences désastreuses que l’on sait.

Il est impératif et il devient urgent d’y remédier. Chacun d’entre nous en est responsable, à son niveau.

Que les lumières de Hannouca nous rappellent cette année nos devoirs moraux les uns envers les autres, et nous libèrent des ténèbres induites par la réduction identitaire.

Yohan Benizri