Le Raalbol de Foestraets – La Parasha Tsav

Le texte décrit avec force de détails les différents sacrifices et leur importance.
L’interdiction de consommer du sang
La paracha revient sur l’interdiction de consommer du sang. Noé avait reçu ce commandement après le déluge:
« Mais vous ne devez pas manger de viande qui a encore son sang en elle »
D’après Maïmonide, manger du sang s’apparente à l’idolâtrie (les idolâtres considéraient le sang comme la nourriture des esprits).

Nahmanide considère quant à lui que cela nous rend cruels et violents, comme un animal.

Le Rabbin Sacks tente de réconcilier ces principes avec l’approche évolutionniste de Barbara Ehrenreich. Elle considère que la crainte des prédateurs animaux à proie remonte aux chasseurs-cueilleurs pour lesquels un membre plus faible de la communauté, alors qu’il sacrifiait sa vie, permettait de sauver les autres.
Ceci explique plus tard les sacrifices humains dans les croyances associant les dieux et les esprits à des animaux à proie. Elle considère que ces événements ont laissé deux héritages : la tendance humaine à s’unir face à une menace extérieure ; et la volonté de risquer de se sacrifier pour le bien du groupe.

La psychologie évolutionniste nous a appris ces résidus génétiques des temps anciens qui – parce qu’ils ne sont pas rationnels – ne peuvent être guéris par la seule raison, mais seulement par le rituel, l’interdiction stricte et l’accoutumance.

L’instinct contre lequel il s’agit de protester – sacrifier la vie pour exorciser la peur – est toujours vivant.

Là où il y a de la peur, il est facile de se retourner contre ceux que nous considérons comme « l’autre » et d’apprendre à les haïr. C’est pourquoi chacun de nous doit prendre position contre l’instinct de peur et contre le pouvoir corrosif de la haine. Tout ce qu’il faut pour que le mal s’épanouisse, c’est que les bonnes personnes ne fassent rien.

Le sacrifice absout-il du péché?
En parallèle de la lecture de la paracha, on lit également le texte du prophète Jérémy (haftarah), qui est particulièrement critique de la pratique du sacrifice. Il considère que les offrandes n’ont pas d’effet si elles ne sont pas celles de personnes adoptant un comportement bon, juste et vertueux.
Les prophètes critiquent le risque que les offrandes constituent une possibilité pour les juifs de racheter leurs fautes, et puissent s’apparenter à une forme de corruption.

Les sages enseignent donc que c’est l’intention qui est essentielle, celle de s’inscrire dans les commandements.

Yeshayahou Leibowitz enseigne ainsi que de tout temps, les textes qui prescrivent les sacrifices comme ceux qui précisent leur pratique, suscitèrent de graves erreurs, lesquelles consistent à conférer l’importance du culte divin au fait du sacrifice et non à l’intention dont il procède.

Dans la Haftara de cette semaine, le prophète Jérémie déclare: “Ainsi parle l’Eternel Tsebaot, Dieu d’Israël… Je n’ai rien dit, rien ordonné à vos ancêtres le jour où Je les ai fait sortir d’Egypte, en fait d’holocaustes et de sacrifices”.
Nous devons entendre cette expression “le jour où Je les ai fait sortir d’Egypte” au pied de la lettre. Et en fait, ce n’est pas à ce moment-là que la loi sur les sacrifices a été ordonnée à Israël.
Mais, ajoute, le prophète, je leur ai bien ordonné quelque chose: “Voici l’ordre que Je leur ai adressé: “Ecoutez ma voix, et Je serai votre Dieu, et vous serez Mon peuple; suivez la voix que Je vous prescris.””
De quoi s’agit-il?
Jérémie y répond au chapitre 34: c’est la libération des esclaves.

Nous apprenons par-là que les sacrifices ne sont pas l’essentiel du service divin, ils ne sont que le symbole du service divin accompli par un peuple qui respecte son alliance. Cette alliance ne consistait pas en holocaustes ni en sacrifices mais en la libération des esclaves.

Rebecca Costa a décrit comment de grandes civilisations ont disparu (Rome, les Mayas): elles ont atteint un seuil cognitif, un burn-out collectif.
Le premier signe de panne est l’engorgement (au lieu de s’occuper des problèmes majeurs, les gens les transmettent à la génération suivante).

Le deuxième signe est un repli dans l’irrationnel (les sacrifices humains des mayas).

Les juifs ont rencontré ces problèmes sous l’occupation romaine (de -63 à 193 de notre ère), alors que les sacrifices n’étaient plus autorisés.

Rabban Yochanan ben Zakai s’est demandé comment le judaïsme a survécu alors que les sacrifices occupaient une place centrale dans la pratique.

Les sacrifices étaient des mises en scène symboliques de processus d’esprit, de cœur et d’action qui pouvaient également s’exprimer d’autres manières:
      - l’étude de la Torah
      - la prière
      - La tseddakkah
      - Les actes de gentillesse

      - créer une communion sacrée par l’hospitalité (cette notion résonne particulièrement en ces temps où nos pays accueillent de nombreux réfugiés, d’Ukraine, mais aussi ceux qui fuient des conflits plus éloignés)

Ce qui a sauvé le peuple juif, c’est sa capacité, malgré sa foi profonde et inébranlable, à ne jamais abandonner la pensée rationnelle, et malgré sa loyauté envers le passé, à continuer à planifier l’avenir.

Une autre interprétation du sacrifice est aussi associer le judaïsme à une forme de gratitude, voir la vie comme un cadeau, être capable de vivre à travers la souffrance sans qu’elle nous définisse, donner à l’espoir une victoire face à la peur.

Shabbat shalom

*Inspiré des enseignements du Rabbi Lord Jonathan Sacks

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