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Oshpitzin – Mémoires de la vie juive à Auschwitz

Avant de désigner le lieu emblématique de la Shoah, Auschwitz était le nom allemand donné à Oświęcim, petite ville de frontière entre la Galicie et la Silésie, Oshpitzin comme la nommaient les habitants juifs de cet important nœud ferroviaire.

En 1939, plus de la moitié de la population d’Oświęcim était juive et la ville comptait plus de 20 synagogues et oratoires. Lieu de mémoire de la vie juive avant la Shoa, le Centre Juif d’Oświęcim s’est ouvert en septembre 2000 dans l’ancienne synagogue Chevra Lomdei Mishnayot, proche de la rivière Sola et construite en 1913-1918, à côté du château de la vieille ville. Son intérieur dévasté par les nazis et utilisé comme dépôt de munitions, l’édifice redevint une synagogue après la guerre. Suite au départ des derniers Juifs d’Oświęcim dans les années 50-60, il fut nationalisé et devint un entrepôt de tapis. En 1998, l’État polonais le restitua à la communauté juive de Bielsko-Biala qui en fit en donation à la Auschwitz Jewish Center Foundation (« Fondation du Centre Juif d’Auschwitz »), créée en 1995 pour reconstruire un centre culturel, spirituel et éducatif juif à Oświęcim. Affilié depuis 2006 au Museum of Jewish Heritage – A Living Memorial to the Holocaust de New York, le Centre Juif d’Auschwitz (AJC), occupe aujourd’hui trois bâtiments. La synagogue Chevra Lomdei Mishnayot, restaurée dans son état d’avant-guerre, reste un lieu de prières pour des groupes de visiteurs juifs venus à Auschwitz et qui viennent an Centre pour y découvrir les traces de la vie juive à Oświęcim.
La maison voisine, où vivait jadis la famille juive Kornreich et rachetée par la Fondation, abrite la collection permanente du musée sur l’histoire juive d’Oświęcim : photos de familles, documents et artefacts provenant d’organisations et d’entreprises juives locales, et objets d’art retrouvés lors des fouilles archéologiques effectuées en 2004 sur le site de la Grande synagogue d’Oświęcim, témoignent de la vigueur d’une vie communautaire juive locale avant la Shoah… Enfin, le café Bergson a été aménagé dans la maison du dernier résident juif d’Oświęcim, Szymon Kluger (1925 – 2000). Ce survivant des camps (Blechhammer Groß-Rosen, Buchenwald…) réfugié en Suède après 1945, retourna en Pologne en 1962. Employé à l’usine chimique d’Oświęcim, il revint habiter la maison de ses parents, à côté de la synagogue Chevra Lomdei Mishnayot, y vivant seul, jusqu’à son décès, quelques mois avant la réouverture de la synagogue. Les travaux de rénovation ont veillé à préserver l’architecture de la maison du dernier Juif d’Oświęcim tout en y aménageant le café et le lieu de conférence du musée. Proche du Centre Juif, le parc commémoratif de la Grande Synagogue, rue Berek Joselewicz, a été inauguré lors du 80e anniversaire de la destruction de la Grande Synagogue d’Oświęcim par les Allemands en novembre 1939.

Après la pandémie

Conservateur de la collection permanente du musée, installée depuis 2014 dans l’ancienne maison Kornreich, Artur Szyndler est associé à l’AJC depuis ses débuts. Faisant le bilan de ses activités récentes, il constate : Avant la pandémie nous avions une moyenne de 35000 visiteurs par an, dont beaucoup de groupes de jeunes juifs venus d’Europe, des États-unis et d’Israël. Depuis notre réouverture nous recevons moins d’une dizaine de visiteurs par semaine. Et c’est surtout le café Bergson qui nous attire le plus de visiteurs, de sorte que j’y passe la moitié de ma semaine de travail ! Artur Szyndler espère une reprise prochaine, notamment des visites de groupes scolaires locaux. Pour le moment les premières réservations de groupes sont prévues à l’automne 2022… De jeunes volontaires autrichiens et allemands contribuent chaque année aux activités du musée, participant tant à l’accueil des visiteurs et aux activités éducatives qu’à la gestion des collections et à la recherche sur l’histoire séculaire d’Oshpitzin. Eux aussi regrettent le gel de la plupart des activités de l’AJC durant la pandémie et une reconversion malaisée aux programmes online. Pour le moment, le musée juif d’Oświęcim et la synagogue ne sont ouverts que sur réservation les mercredi, jeudi, vendredi et dimanche (11-18h).

L’histoire d’Oshpitzin

Intérieur de la synagogue d’Oshpitzin

L’histoire juive d’Oświęcim remonte au XVIe siècle lorsque naît une communauté avec sa synagogue et son cimetière. L’établissement d’un quartier juif après 1563 répond à l’hostilité des marchands et artisans chrétiens de la ville. En 1766, le roi Stanisław Poniatowski réaffirme le droit de résidence des Juifs d’Oświęcim, les autorisant à y commercer et à louer des biens immobiliers à l’intérieur et à l’extérieur de la ville, ainsi qu’à utiliser la synagogue et le cimetière juif.
En 1772, Oświęcim passe sous la couronne des Habsbourgs et les Juifs d’Oświęcim, comme tous les Juifs de l’Empire autrichien sont accablés de taxes et de lois discriminatoires.
En 1867, l’empereur leur accorde enfin l’égalité des droits. Pour la première fois des Juifs sont élus au conseil municipal d’Oświęcim. La ville devient un important nœud ferroviaire, ce qui favorise le développement économique de la région. Marchands et industriels juifs jouent un rôle majeur dans cet essor. Jacob Haberfeld, fonde une usine de vodka et de liqueur en 1804. Première usine créée à Oświęcim, la fabrique Haberfeld produit des alcools appréciés sur le marché international, en Europe et en Amérique du Nord. La reconstruction de la grande synagogue, rue Berek Joselewicz, détruite par un incendie en 1863, témoigne de la prospérité de la communauté juive d’Oświęcim à la fin du XIXe siècle. Le majestueux Ner Tamid, surmonté de l’aigle polonais, a été retrouvé avec d’autres objets d’art lors des fouilles archéologiques du site de la grande synagogue en mai et juin 2004.

La communauté juive d’Oświęcim connaît son développement le plus dynamique pendant l’entre-deux-guerres et se trouve alors engagée dans la plupart des domaines de la vie politique, sociale et culturelle locale. Le conseil municipal compte une forte représentation juive, y compris le maire adjoint. Cependant, cette période se caractérise aussi par des irruptions d’antisémitisme : lorsque la Pologne retrouve son indépendance en 1918 et durant la crise la économique des années 1930.

Le 3 septembre 1939, l’armée allemande s’empare d’Oświęcim. La ville est incorporée au Reich. Le port de brassards, le travail forcé et la création d’un Conseil juif (Judenrat) marquent les débuts de l’ordre nazi à Auschwitz. Les déportations vers des camps de travaux forcés commencent en 1940. Les conditions de survie ne cessent de se détériorer tandis que les Juifs des régions voisines sont concentrés à Oświęcim. En mars et avril 1941, tous les Juifs d’Oświęcim sont déportés vers les ghettos de Będzin, Chrzanów et Sosnowiec qui seront liquidés en 1943. La plupart des quelque 8000 Juifs qui vivaient à Oświęcim en 1939 sont assassinés. Les rares survivants revenus à Oświęcim après la libération, confrontés à l’antisémitisme et aux difficultés économiques qui accompagnent l’imposition du pouvoir communiste, sont poussés à émigrer. Les dernières familles juives quittent la ville dans les années 1960.

Conçue par l’AJC sur base du Sefer Oshpitzin, « livre de mémoire » (Yizkor Buch) compilé par les survivants d’Oświęcim et publié à Jérusalem en 1977, l’application Oshpitzin permet aux visiteurs du musée de mieux explorer sa collection permanente durant leur visite, pointant vers des artefacts clés et les histoires qui les sous-tendent, mais les incite aussi à découvrir ensuite les traces du passé juif de la petite ville, en associant les lieux actuels à des textes évoquant leur histoire et des photos d’archives ainsi que des modèles 3D de bâtiments disparus. Oshpitzin offre donc au visiteur un parcours des vestiges de l’ancien shtetl documenté pas à pas par l’ensemble des archives de sa vie juive. Cette application gratuite peut être téléchargée en anglais, allemand, hébreu et polonais sur l’AppStore d’Apple et Google Play. L’histoire d’Oshpitzin est aussi l’objet d’une brève histoire en images sur Google Arts & Culture.

Roland Baumann

Pour en savoir plus :
– Centre Juif d’Auschwitz (Auschwitz Jewish Center Foundation) : www.ajcf.pl.
– Oshpitzin : The Town known as Auschwitz, Google Arts & Culture – Sefer Oshpitzin (Jérusalem, 1977) : https://artsandculture.google.com/exhibit/oshpitzin/_wJSImdgJOFkKg
https://www.jewishgen.org/yizkor/oswiecim1/oswiecim.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/O%C5%9Bwi%C4%99cim
https://www.youtube.com/watch?v=x3tGYz0iQbg&ab_channel=MuseumJewishHeritageLivingMemorialToTheHolocaust
https://www.youtube.com/watch?v=MLcb3DHMPkk&ab_channel=LESGLASSMAN