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Moses Mendelssohn (1729-1786)

Affiche de l’exposition “Nous ne rêvions que de Lumières” – Moses Mendelssohn. Musée juif de Berlin; Design : Stefan Becker

Nous ne rêvions que de Lumières

Jusqu’au 11 septembre 2022, une exposition temporaire du Musée Juif de Berlin évoque la fascinante personnalité de Moses Mendelssohn (1729-1786).

“Premier Juif allemand moderne”, Mendelssohn a marqué la culture de son temps, tout en fondant sa vie sur la religion juive. Grand philosophe des Lumières, célèbre en Europe de son vivant, il demeure une figure centrale du judaïsme allemand. L’exposition retrace sa vie à Berlin et la genèse de sa pensée dans le contexte de la société des Lumières, laboratoire du changement, affirmant les droits de l’homme, la liberté d’opinion et la diversité culturelle. Juif pratiquant, Mendelssohn associe la tradition aux idées des Lumières, défend l’éducation laïque et l’égalité civile pour sa “nation juive”. Militant de l’émancipation des Juifs, des droits des minorités et de la séparation de la religion et de l’État, ce pionnier de la modernité pose des questions toujours actuelles sur l’identité juive. L’exposition présente Mendelssohn comme un penseur novateur et dépeint son époque comme une période de bouleversements, où l’essor d’une presse périodiques et la naissance des cafés favorisent les débats publics sur des sujets fondamentaux de la vie moderne tels que l’égalité des droits pour les minorités, le rôle des traditions religieuses dans la vie moderne et l’importance sociale de l’art. Sa liberté de parole dans le discours intellectuel de son temps contraste avec son expérience des politiques discriminatoires imposées aux Juifs par le roi de Prusse, Frédéric II.

Le milieu du 18e siècle, à Berlin, marque les débuts d’un processus qui va bouleverser la vie des Juifs dans toute l’Allemagne : sortant de leur isolement, les Juifs remettent en question leurs traditions, adoptent la langue, la culture et les conventions de la société ambiante. Mendelssohn joue un rôle décisif dans cette évolution. L’exposition « Nous ne rêvions que de Lumières » montre comment Berlin devient alors un lieu privilégié de rencontres et de débats entre Juifs et non Juifs, favorisant la naissance d’une modernité juive dont l’influence s’étend ailleurs en Europe. Comme l’explique Hetty Berg, directrice du Musée juif de Berlin : L’exposition raconte la vie de Mendelssohn à Berlin, son plaidoyer en faveur de l’émancipation des Juifs, sa traduction et ses commentaires de la Torah, qui ont rendu la connaissance religieuse plus accessible, et ses amitiés avec l’écrivain Gotthold Ephraim Lessing et l’influent éditeur berlinois Friedrich Nicolai. Avec ces amis et d’autres, tant chrétiens que juifs, Mendelssohn a débattu de questions d’identité, de philosophie et de politique. Co-commissaire de l’exposition, Inka Bertz souligne : Moses Mendelssohn était solidement ancré dans la tradition de l’érudition juive et vivait strictement selon la loi juive. Il prônait la séparation de la religion et de l’État, arguant que la religion était ancrée dans des convictions que l’État ne pouvait imposer par la force. Selon lui, l’État doit accorder la liberté de conscience et ne doit favoriser ou défavoriser personne en fonction de ses croyances. Il n’a pas limité cet appel à la sphère de la religion. Son modèle d’une société pluraliste fondée sur l’État de droit peut être exploité de manière fructueuse pour les discussions contemporaines. Ainsi, nous établissons des parallèles avec notre époque. Outre un catalogue bilingue (allemand, anglais) très bien illustré, l’exposition s’accompagne de la sortie du roman graphique Moishe par l’artiste néerlandais Typex (Moishe: zes anekdotes uit het leven van Moses Mendelssohn ; « Moishe : Six Anecdotes de la vie de Moses Mendelssohn »). Traduite en allemand et en anglais, cette oeuvre du talentueux auteur de biographies de Rembrandt et Andy Warhol, sera-t-elle bientôt éditée en français ?

Moses Mendelssohn, livre « Phédon » , Berlin/Stettin : Friedrich Nicolai 1776 ; Musée juif de Berlin, photo:Roman März

Structurée en salles thématiques et chronologiques, l’exposition, organisée en collaboration avec la Mendelssohn-Gesellschaft, présente d’abord la société d’Ancien Régime, marquée de longs conflits religieux et souvent frappées de calamités : famines, épidémies, ou catastrophes… Le 18e siècle marque le début de la fin d’une époque. Les guerres de religion ont ébranlé les fondements de la foi et les arguments rationnels gagnent du terrain. Malgré l’intolérance des gardiens des traditions religieuses, l’absolutisme des monarques, les restrictions aux droits civils et l’absence de droits de l’homme, le changement est dans l’air. Né à Dessau, Moshé est le plus jeune des trois enfants du scribe Mendel. Ses ancêtres maternels sont de grands érudits. Surmontant son handicap physique, Moshé étudie à l’école du rabbin David Fränkel, se passionne pour les écrits de Maïmonide. Fränkel est nommé grand rabbin de Berlin. Moshé le suit en 1743. Il a 14 ans. Hallesches Tor, la porte sud de la ville, lui ouvre un monde nouveau. Surmontant la misère, le jeune talmudiste se lance dans l’étude des langues classiques et modernes… et des sciences profanes. D’abord professeur privé, il devient comptable et partenaire du fabricant de soie Isaac Bernhard. Inspiré par son ami, le poète Lessing, il commence à publier. Il se lie d’amitié avec des érudits locaux, publie ses premiers écrits, d’abord anonymement, puis sous le nom de Moses Mendelssohn. Ses publications surprennent le public qui s’émerveille de ce “juif de Berlin”, fait philosophe et sommité de la pensée progressiste. Avec ses amis, Mendelssohn devient le moteur des Lumières berlinoises et un artisan de l’émancipation juive. Connu comme le “Socrate allemand” après la sortie de son livre Phédon (1767), consacré à la vie de Socrate et aux entretiens du célèbre philosophe avec ses disciples sur l’immortalité de l’âme, dans Jérusalem ou Pouvoir religieux et judaïsme (1783), il essaie de concilier le judaïsme avec la philosophie des Lumières. Son mariage avec Fromet, la fille d’un homme d’affaires de Hambourg, donne naissance à l’importante dynastie des Mendelssohn.

Rideau de la Torah offert par Fromet et Moses Mendelssohn. 1774 – 1775 ; Musée juif de Berlin

Mendelssohn est un homme de dialogue et de réseaux » : en dehors des cours royales et princières, de nouveaux espaces publics apparaissent dans les cafés, les sociétés savantes et les publications. L’échange d’idées traverse les frontières nationales et les classes sociales. Collaborateur et rédacteur en chef de journaux, hôte de débats, Mendelssohn défend la diversité des opinions, aide les rationalistes à parvenir au consensus et participe à d’intenses dialogues et de dialogues intellectuels. « Les Lumières contre les ombres » renvoie à l’explosion d’informations, de connaissances et d’idées nouvelles qui caractérise l’époque, comme l’expose le récit de l’exposition : La science dit : raison + expérience = vérité. Les penseurs des Lumières luttent contre la superstition, les théories du complot et l’ésotérisme. Mendelssohn est un mathématicien, un métaphysicien, un psychologue et un littéraire. Il ouvre le système rationaliste pour embrasser une conception complexe de l’humanité. Il existe deux outils pour atteindre l’épanouissement humain. Le premier implique des compétences pratiques quotidiennes : la culture. Le second est le don de la raison : les Lumières. Au lendemain de la guerre de Trente Ans, les différentes religions et dénominations s’affrontent, laissant des fissures dans leur monopole de la vérité. Le tremblement de terre qui dévaste Lisbonne en 1755 fait douter de la justice divine. Mendelssohn associe philosophie, science et croyance en la révélation divine. Pour lui, le cœur du judaïsme est identique à la religion rationnelle universelle. Une religion possède-t-elle la vérité ? Les gens doivent-ils se convertir ? Demande au visiteur le texte de l’exposition. Selon les penseurs des Lumières, l’éducation aide à briser les œillères des traditions qui isolent les religions et les communautés. En tant que traducteur, Mendelssohn rapproche des mondes. Sa traduction de la Torah, diffusée dans de nombreuses éditions, enseigne l’allemand aux Juifs. Son commentaire rend les Écritures accessibles et fusionne les connaissances traditionnelles et modernes. Conseiller des écoles juives de Dessau et de Berlin, il croit au potentiel des jeunes générations, considère que les enfants doivent apprendre à la fois des traditions juives et des matières modernes et pratiques. Les droits de l’homme sont un sujet majeur dans sa carrière intellectuelle. Les Juifs si longtemps opprimés doivent avoir des droits comme tout le monde, malgré leurs différences. Mendelssohn défend les lois religieuses juives dans la mesure où elles n’entrent pas en conflit avec les lois gouvernementales. Il prône la liberté de conscience et la séparation entre l’État et la religion. Mais l’égalité des droits exige-t-elle l’abandon de ses propres traditions ? La notion de “sens moral” arrive en Allemagne : l’homme doit suivre son cœur, guidé par la raison. L’individu gagne en importance et est à la recherche de relations authentiques, loin des codes de la société de cour. Mendelssohn vit selon le nouveau culte de l’amitié. Non conventionnel, il se marie par amour, publie des Lettres sur le sentiment. Sa théorie de l’art analyse les façons dont les peintures, la musique et le théâtre nous émeuvent. Nous ne pouvons pas apprécier la beauté à un niveau purement rationnel. Qu’en est-il de la destinée humaine ? Le livre à succès de Mendelssohn sur l’immortalité de l’âme répond aux questions de ses contemporains inquiets. Selon lui, Dieu dicte à chacun son sort dans la vie, et c’est à chacun de s’élever au-dessus de ses propres défis. L’épanouissement personnel par le biais de bonnes actions apporte le bonheur et améliore la société. Mendelssohn bégaie, est bossu et est souvent malade. Sa résilience face au handicap et à la discrimination tisse le fil rouge de toute son œuvre.

« Moritz Daniel Oppenheim. Lavater und Lessing bei Moses Mendelssohn ». 1856 ; Magnes Collection of Jewish Art and Life, Bancroft Library, UC Berkeley.

Une section de l’exposition analyse la « fabrique d’images » : les idées neuves se transmettent par la lecture, mais le public veut voir le visage des auteurs « éclairés » dont les innombrables portraits sont largement diffusés. De son vivant, les nombreuses représentations de Mendelssohn (peintures, gravures et médaillons) varient beaucoup. La plus ancienne miniature, datée de 1767, représente le jeune auteur à succès en érudit juif. Un buste sculpté à la fin de sa vie fait de lui un nouveau Socrate. Jusqu’à Einstein, aucun juif n’est si souvent immortalisé. Une installation originale présente la « Porcelaine juive ». La Prusse taxe lourdement ses Juifs : Vous êtes juif et vous voulez vous marier, acheter une maison ou avoir un deuxième enfant ? Si c’est le cas, vous êtes soumis à une taxe spéciale : vous devez acheter de la porcelaine à la manufacture royale, puis la vendre à l’étranger. Les affreux singes en céramique issus d’un tel marché forcé ont été conservés par la famille de Mendelssohn jusqu’en 1945, comme des trophées d’injustices qu’ils sont parvenus à surmonter. Enfin, l’exposition s’interroge sur l’héritage de Mendelssohn. Toute la communauté juive marche dans son cortège funéraire, et aussi des membres de la cour royale. Mais, on se dispute son héritage : Pour les activistes de la Haskalah, il est le penseur des Lumières. Pour les orthodoxes, il est le pieux adepte des commandements. Pour les résidents du shtetl, il est le traducteur de la Torah. Pour les patriotes, il est le “Moïse des Juifs allemands”. La société se polarise. Marx le rejette comme étant insipide. Les sionistes lui reprochent l’assimilation. Finalement, les nazis le diabolisent. L’intégration sociale affaiblit-elle l’identité culturelle ?

Bref, une exposition tout public qui relie adroitement le passé aux enjeux du présent et que sa scénographie ingénieuse et ludique rend aussi surprenante que captivante.

Roland Baumann

Exposition „Wir träumten von nichts als Ausklärung“ – Moses Mendelssohn

Jusqu’au 11 septembre 2022 ; Musée juif de Berlin, Lindenstrase 9-14, 10969 Berlin

Tous les jours 10 -19 h

https://www.jmberlin.de/en/exhibition-moses-mendelssohn

https://fr.wikipedia.org/wiki/Moses_Mendelssohn

Roman graphique de Typex, Moishe: zes anekdotes uit het leven van Moses Mendelssohn, Scratchbooks, 2022

https://www.universalis.fr/encyclopedie/haskala/#:~:text=D%C3%A9riv%C3%A9%20de%20l’h%C3%A9breu%20sekhel,et%20au%20xix%20e%20si%C3%A8cle.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Haskala