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Sol LeWitt au Musée Juif de Belgique (MJB)

La nouvelle exposition temporaire du MJB évoque l’oeuvre de Sol LeWitt, un grand maître de l’art contemporain.

Solomon, « Sol », Lewitt (1928- 2007) naît à Hartford, Connecticut, dans une famille d’immigrants juifs de Russie. Après des études d’art à l’Université de Syracuse (1949), il découvre l’Europe et les vieux maîtres de la peinture. Il sert ensuite dans l’armée américaine au Japon et dans la guerre de Corée. En 1953, il s’installe à New York, au 117 Hester Street, dans l’ancien quartier juif du Lower East Side. Il est graphiste dans le cabinet d’architecture d’I.M. Pei (1955), puis réceptionniste au MoMA (Museum of Modern Art). Il débute ses recherches plastiques aux côtés de pionniers de l’art minimaliste, Frank Stella, Donald Judd, Dan Flavin, mais développe une approche conceptuelle, privilégiant l’idée dans la réalisation du travail artistique. Au long de sa carrière d’artiste il enseigne dans plusieurs écoles new-yorkaises, dont l’université de New York et la School of Visual Arts.

Sa première exposition monographique à la John Daniels Gallery de New York (1965), est suivie de nombreuses expositions aux États-Unis et en Europe. Il participe à la  Documenta de Kassel (1968), et jouit d’une rétrospective au Kunstmuseum Den Haag (1970), puis au MoMA (1978–1979). LeWitt est d’abord connu pour ses Structures, sculptures modulaires disposées à-même le sol et dépourvues de socle. Ces constructions répètent et ordonnent une même forme cubique, en respectant un protocole de progression géométrique défini par l’artiste.

En 1968, LeWitt crée son premier Wall Drawing,  « dessin mural », à la Paula Cooper Gallery. Les Wall Drawings se fondent sur un vocabulaire restreint de formes géométriques élémentaires (ligne, carré, grille, arc, cercle) qui évolue vers des formes plus irrégulières et complexes (courbes, boucles). Le traitement du dessin évolue aussi avec l’emploi du crayon à mine, du pastel gras, de l’encre de Chine, de la peinture acrylique, ou du graphite. Les couleurs utilisées sont le jaune, le rouge, le bleu et le noir – les couleurs utilisées en imprimerie. LeWitt conçoit les plans de ces œuvres murales mais en délègue la réalisation à des exécutants (assistants, artistes, étudiants ou amis) et met en place un système de certificats d’authenticité accompagnés de diagrammes. Traduisant des processus mentaux (thought processes) de l’artiste, la plupart des Wall Drawings sont exécutés in situ, en respectant ses diagrammes et directives. L’idée et le concept priment sur l’exécution ! Sol LeWitt est pareil au compositeur qui écrit une partition : comme des musiciens interprétant une partition, les dessinateurs de ses Wall Drawings exécutent à leur manière l’oeuvre  énoncée.  

Détruit une fois l’exposition terminée, chaque Wall Drawing reste une oeuvre permanente, au contenu (ou concept) identique, d’une exposition à l’autre: selon LeWitt  “Quand quelque chose est fait (dans l’esprit), il ne peut être défait”. À ceux qui critiquent son refus de s’impliquer dans l’installation des dessins muraux, il répond : “Un architecte ne prend pas une pelle pour creuser ses fondations et poser chaque brique. Il reste un artiste”. Soulignant l’analogie avec la performance musicale, il affirme le caractère collaboratif de son art : “Chaque fois que vous entendez la même chose au piano ou au clavecin de Bach, c’est différent, même avec la même personne….. Celui qui réalise le projet y laissera sa marque.” LeWitt donne des instructions précises sur ses diagrammes, mais comme il l’expose dans Doing Wall Drawings (1971) : Chaque individu étant unique, les mêmes instructions seront comprises différemment et mises en oeuvre différemment. L’artiste doit autoriser diverses interprétations de son plan. […] L’artiste et le dessinateur deviennent collaborateurs dans la fabrication de l’art. Très novateur dans sa manière de concevoir l’art, de le produire et de le diffuser, LeWitt aime l’art ancien. Il admire Giotto et Piero della Francesca. Dans les années 1980, il s’installe en Italie, à Spolète, avec sa femme Carole, d’origine italienne.

Les six salles de l’exposition au MJB montrent des thématiques significatives de l’oeuvre du grand artiste, mettant en valeur ses rapports à la Belgique, ainsi qu’une œuvre tardive née de son héritage juif. Le parcours commence avec le Wall Drawing # 368 (1982). Comme le souligne Barbara Cuglietta, directrice du musée juif et commissaire de l’exposition, les Walls Drawings au MJB ont été réalisés sur base des protocoles de l’artiste par une équipe de 14 étudiants issus de 3 grandes écoles d’art bruxelloises et encadrés par deux experts de la Fondation LeWitt. La directrice insiste sur l’ampleur de cette exécution d’une durée de  23 jours ouvrables ! Les murs sur lesquels ont été réalisés ces Wall Drawings ont été refaits pour répondre aux critères des protocoles de l’artiste !  Les compte-rendus d’expositions de Wall Drawings décrivent bien l’exécution de ces œuvres éphémères. Ainsi, en 2012-2013 le Centre Pompidou-Metz expose un ensemble de trente-trois dessins muraux en noir et blanc créés par Sol LeWitt de 1968 à 2007. Les murs recevant des dessins au crayon à mine sont enduits d’une fine couche de plâtre, poncés puis essuyés pour enlever tout résidu ou poussière. Deux couches de primaire puis trois couches de peinture blanche sont appliquées au rouleau. Enfin, les murs sont de nouveau poncés pour obtenir une surface parfaitement lisse. Les dessins muraux sont ensuite réalisés conformément aux protocoles de l’artiste par des équipes composées d’étudiants d’écoles d’art du Grand Est français et de jeunes artistes qu’encadre un noyau d’assistants envoyés par la Fondation LeWitt. Cette rétrospective des Wall Drawings à Beaubourg-Metz est faite en partenariat avec le Museum Leuven qui expose 24 dessins muraux en couleur, constituant l’ensemble le plus important de Wall Drawings jamais présenté en Belgique. Comme à Metz, ces œuvres sont exécutées selon les instructions précises de l’artiste par les professionnels de la Fondation LeWitt, de concert avec des jeunes artistes et étudiants de 6 écoles d’art belges (Anvers, Bruxelles, Gand).

Certes, l’exposition au MJB n’a pas l’ampleur de cette rétrospective, faite il y a près de dix ans, à Metz et Louvain, mais elle aborde des chapitres méconnus de l’oeuvre de Sol LeWitt, tel son engagement en 1996-2001 dans la construction d’une nouvelle synagogue à Chester, une petite ville du Connecticut, au Nord-Est de New York, où la famille LeWitt s’établit dans les années 1980. Membre de la congrégation libérale Beth Shalom Rodfe Zedek,  le célèbre artiste, “non-croyant très, très pratiquant”, conçoit cette synagogue avec l’architecte Stephen Lloyd, s’inspirant de l’architecture des synagogues en bois de Pologne et Lithuanie. En 2011,  dans le cadre d’une collecte de fonds pour son 10e anniversaire, la synagogue de Chester met en vente une édition limitée de kippa ornée du dessin géométrique rayonnant de Magen David, haute en couleur, créé par l’artiste défunt pour les portes de l’arche. Le succès immédiat de la « kippa LeWitt » entraîne plusieurs rééditions de cette œuvre d’art portable. L’étoile à six branches de l’arche est un motif courant dans l’œuvre de LeWitt comme en témoigne le Wall Drawing #780 (1995), dans la salle suivante de l’exposition. Lorsque le contexte l’exige, LeWitt insuffle une signification juive à son art conceptuel, par exemple au musée de l’Holocauste à Washington et à Münster où, en 1987, sa Black Form Dedicated to the Missing Jews déclenche un tollé général dans la ville de Westphalie.

L’exposition du MJB s’intéresse aux activités de LeWitt en Belgique, en particulier à son projet au centre hospitalier universitaire du Sart-Tilman à Liège (CHU). En 1984, l’architecte Charles Vandenhove, amateur d’art contemporain, sollicite onze artistes dont LeWitt, Daniel Buren et Jacques Charlier, pour détourner les lambris de protection dans les couloirs de l’hôpital et en faire des surfaces d’expression. LeWitt propose une série de figures isométriques basées sur le cube et une autre sur l’étoile. La collaboration entre Vandenhove et LeWitt se répète en 1985 avec le Hall d’entrée du Théâtre de la Monnaie à Bruxelles dont le dallage de marbre blanc et noir en double éventail est réalisé par l’artiste conceptuel. Les archives visuelles documentant les liens de LeWitt à la Belgique sont montrées en diaporama dans l’escalier du musée, à mi-parcours de l’exposition.

Dans la dernière salle de l’exposition, le Wall Drawing #138 combinant arcs, cercles et grilles, a déjà été montré à Bruxelles, en 1972, à la galerie MTL. Ancien libraire et critique d’art, Bernard Marcelis, s’émeut de revoir ce dessin mural qu’il avait découvert et admiré dans cette galerie proche des Étangs d’Ixelles, au 13 avenue des Éperons d’Or: Installée dans un sous-sol, bas de plafond, cette galerie attirait peu de visiteurs, même pour les vernissages ! Créée en 1970 par Fernand Spillemaeckers, la galerie MTL organise des expositions d’art conceptuel et montre des œuvres d’artistes pionniers, tels Daniel Buren, Marcel Broodthaers, Jan Dibbets, Joseph Kosuth ou John Baldessari. Alors étudiant et amateur d’art contemporain, j’allais voir toutes ces expositions, ce qui me permettait de rencontrer les artistes, mais aussi des galeristes et des collectionneurs. J’ai seulement croisé LeWitt, mais j’ai rencontré Broodthaers, Jacques Charlier…  LeWitt a été bien soutenu ici en Belgique. En 1974 le Palais des Beaux-Arts expose une rétrospective de son œuvre. En ce moment, on peut aussi voir de lui deux magnifiques oeuvres dans l’exposition « Art with a View » qui montre la collection d’art contemporain de Proximus… Ajoutons pour conclure qu’une application gratuite développée par la Fondation Sol LeWitt et Microsoft permet à ses utilisateurs d’explorer les œuvres du grand artiste et leur offre aussi une visite virtuelle de son atelier à Chester.

Roland Baumann

Exposition Sol LeWitt, Wall Drawings, Works on paper, Structures ; jusqu’au 1er mai 2022 ; Musée juif de Belgique, 21 rue des Minimes, 1000 Bruxelles ; mardi-vendredi 10-17h, samedi & dimanche 10-18h. mjb-jmb.org

Pour en savoir plus :

La Maison de la Culture Juive organise une visite guidée avec un spécialiste de Sol LeWitt le 16/01/2022 de 14h00 à 16h00
Tous les renseignements : https://maisondelaculturejuive.be/evenements/visite-guidee-de-lexpo-sol-lewitt-au-mjb/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sol_LeWitt

https://fr.wikipedia.org/wiki/Wall_Drawings

Exposition Sol LeWitt au musée M-Leuven (2012) : https://www.mleuven.be/fr/sol-lewitt

Vidéo du making de l’exposition au Museum Leuven, « The Making of Sol LeWitt Colors », réalisé par Patric Chiha, 2012 : https://vimeo.com/143650541

Synagogue de Chester (Connecticut) et congrégation Beth Shalom Rodfe Zedek

Sur l’héritage juif dans l’art conceptuel de Sol LeWitt (en anglais) :

https://www.tabletmag.com/sections/arts-letters/articles/consequence

Consequence, œuvre de Sol LeWitt au US Holocaust Memorial Museum de Washington

https://www.ushmm.org/information/press/in-memoriam/sol-lewitt-1928-2007

Sol LeWitt à Münster : White Pyramid et Black Form

https://www.skulptur-projekte-archiv.de/en-us/1987/projects/54/

Application Sol Lewitt de Microsoft

https://inculture.microsoft.com/arts/sol-lewitt/